Page d'archive 9

La route est longue…

Quelques années iodées, un peu de sel de Guérande, la mer en héritage ; et hop ! Rebelote… Papa s’emballe, il quitte sont poste à Nantes direction une autre grande ville “une super opportunité” dira-t-il, La capitale de tous les bons travers, le rouge les quenelles, les fleuves…

Et tous mes gestes, ceux qui me font être moi et que maman déteste. Bref, Bonjour Lyon !

Nous nous sommes installée rapidement dans un appartement du centre ville où nous étions un peu à l’étroit. Nous passions nos moments libres au parc de
la Tête d’ Or : une merveille juste au bout de la rue : notre jardin, mon exutoire. Le temps passait et maman supportait difficilement cet enfermement, 7 enfants dans un appartement ! Vous imaginez ?? Pas être les voisins du dessous ? Non évidement pas,… Un peu de sérieux et allons vite, « toutencartons » !!!

Papa avait trouvé le logement adéquat, une jolie maison bourgeoise située dans le beaujolais, au nord de Lyon en bord de Saône : à Gleizé. La maison était grande, très grande et le jardin immense… J’avais de quoi m’évader, rêver… Ces années là furent très sombres ; pleines de douleurs incomprises, de bleus au corps, de bleus à l’âme…

Et puis après…

Il fallait donc vivre avec tout ça…Sans savoir pourquoi. Il y eu tant de mots, de coups pour rien ; des choses que l’on ne dit pas à ceux que l’on aime… Je passais donc les vacances scolaires loin de ma famille pour éviter les heurts. J’étais malgré tout heureuse d’échapper à tout ça, je m’étais créé un monde à moi. Pour mes frères et sœurs, tout ceci était normal, aucunes questions ne se posaient, puisque cela avait toujours été ainsi. Je rêvais donc beaucoup… Nous sommes arrivé à Nantes, sous la pluie, vague souvenir de cette ville humide où nous avons vécu presque trois ans. J’y avais intégré comme mes sœurs, une école catholique de jeune fille très prisée pour les enfants des familles comme la nôtre. Je ne m’y plaisais d’ ailleurs pas, je ne m’y sentais pas moi même, trop de contraintes, de : “tiens toi bien, soit comme ci, pas comme ça…” J’étais en cage. Pour maman, s’était difficile, elle supportait mal le climat humide de la région. Elle dû subir deux opérations dont une qui lui fit passer un long séjour à l’hôpital. Elle nous a fait peur cette année là… Papa, pour aider maman et pour simplifier les sorties en week-end et les vacances scolaires, acheta une maison à Piriac sur mer, un charmant village au bord de l’océan atlantique. Il nous fallait peu de temps pour nous y rendre et chaque virée à “Ker Izel” remettait toute la petite famille en pleine forme.

La maison où nous vivions se trouvait quartier Canclaux, c’était une grande maison sans charmes, un bloc fonctionnel : il fallait choisir “pratique”. J’étais comme toujours, à part ; alors je ne faisais qu’attendre, attendre des jours meilleurs. C’est aussi dans la capitale Bretonne cette année là que maman décide de m’emmener consulter, (je vous laisse deviner…) : un psy ! Etais-je malade à ce point ? Il s’agissait, je pense, plus pour maman d’une façon de se rassurer, elle avait un problème me concernant et il fallait passer par là. Mais les blessures sont nombreuses, autant physiques que psychologiques et mon âge ne me permettait que de laisser faire,… J’aurai aimé comprendre, l’aider à m’épargner, pour qu’elle m’aime, juste un peu…

A Paris, mais pas pour longtemps…

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Nous sommes donc installés à Paris où les valisent se défont et se refont au rythme des déménagements qui ont lieu à peu près à chaque naissance… La banlieue nous tend les bras rapidement : Plaisir, Montesson, … Papa suit son ascension dans la banque : responsable d’agence enfin, les mutations suivent. Nous quitterons la banlieue parisienne pour Nantes en 1982. Mathilde, la petite dernière à trois ans, j’en ai donc six…

Mes souvenirs concernant ma relation fusionnelle avec maman remonte à peu près à cette période. J’étais une enfant difficile ? C’est ce que l’on m’a rapporté ; je pensais juste être un peu différente, j’avais du mal à rentrer dans le moule ; j’aurai tant aimé qu’elle m’aime comme les autres. Je souffrais parfois beaucoup, je la craignais, fuyais son regard, ses mots, ses pas… Le moindre écart de conduite devenait un prétexte à conflit familiale, tout prenait des proportions énormes, je ne comprenais pas. Que lui avais-je donc fait ? Mon désespoir me pesait, même si je gardais ma joie de vivre et ce trop plein d’amour à donner. Et tout ceci se ressentait dans ma vie de tous les jours, et donc inévitablement à l’école. C’était ma vie : cette peur qui m’habitait. Je grandissais seule, sans comprendre pourquoi son regard me terrifiait à ce point…

Pour le meilleur, et le pire doit s’inventer…

Maman, est superbe, c’est une très belle femme, elle a beaucoup d’allure, cette classe qu’ont peu de personnes… Elle est mince (on ne pouvait deviner qu’elle a porté huit enfants…), des yeux gris bleus les traits fins et d’épais cheveux très bruns. Mais derrière cette belle silhouette, d’énormes blessures se cachent, abandonnée à la naissance par sa mère, elle du combler ce vide immense ; d’ où, je pense, se besoin de donner la vie, essayer de comprendre, se donner toute entière.

Il lui fallu trouver un homme à la hauteur de ses espérances, capable de se soumettre, d’accepter cette douleur et de porter tout ça sans comprendre… (Même s’il pense avoir tout compris) Papa dira “oui” malgré les réticences de ses proches, après un premier enfant née en 1972 et une grossesse bien entamée… Les voilà mariés et nous voilà sur terre tous les 7 fin 1979 ! Notre petite sœur : Hélène, décèdera peu après sa naissance, elle était trisomique. Maman se réveillera trop tard de sa césarienne, Hélène n’est plus et voilà ma première “faute” : “Elle ressemblait beaucoup à Laura” lui avait dit papa…

Oui mais huit tout d’même…

Avant, il y a eu une nuit et puis tant d’autre ;  plus une : celle qui me permit d’exister… Il y avait du monde là, en bas, et moi je souriais déjà, et pourtant… La fin du mois d’Août 1975 me vit voir le jour, le 23… A la maison il fallait que ça tourne, maman venait de mettre au monde son 4ème enfant et il y en aura huit… Huit en Huit ans !!! Et qui dit bravo ? Certainement pas moi, sauf que c’est un exploit, il n’y en a pas beaucoup des comme ça… Alors, bonjour la vie…Et quelle vie ! J’ai grandi bien vite, trop vite,…. Je me laissais imaginer par les autres tout en gardant au fond de moi ce que j’étais réellement. J’ai ainsi suivi à “l’école de la famille” le chemin de la vie référence essentielle dans un monde en perdition.

Je n’ai pas de souvenirs de mes premières années, on oublie les années tendres quand si vite elles sont rattrapées par des cauchemars.

Mais quelles étaient vraiment mes fautes, les erreurs commises, pour que je devienne l’enfant que l’on présentait comme difficile, source de tentions perpétuelles aux seins du foyer ? Celle dont on ne voulait pas pendant les vacances et qui devait suivre sa scolarité en pension ? Je ne pensais pourtant pas être différente, j’avais peut être un plus grand besoin de m’exprimer que d’autre mais surtout un besoin vital de rire, de voir les autres heureux et une vraie joie de vivre malgré tout… Mes parents ont donc fait le choix d’une famille nombreuse ; il fallait s’intégrer à l’édifice, accepter l’organisation familiale, parfois, et même souvent sans comprendre, chacun si différent… Il fallu donc, les années passant, analyser l’histoire de ma vie mêlée et emmêlée avec mes frères et sœurs ; se construire malgré les doutes, les incertitudes et toutes ces injustices…

Aujourd’hui et hier…

Il y eut une nuit, il y eut un matin et je me souviens…Je me souviens que le temps passe et que des vies s’en vont. J’ai terminé hier soir un livre et je suis encore secouée par tant de générosité ! Oui c’est ce que j’ai ressenti ; parfois, les mots bouleversent et donne  envie d’être meilleur ! Alors merci aux écrivains, aux penseurs, aux magiciens des mots, aux poètes. A tous ceux qui m’ont touchée, emmenés dans leurs lignes, pour traverser des pages, arrêter le temps, oublier qui j’étais, juste un peu, allez voir ailleurs…

Alors voilà, aujourd’hui est un autre jour, et je m’en excuse, j’ai eu envie d’écrire… Pour moi, pour cette boule au ventre que je veux voir fondre et pour essayer encore un peu plus de comprendre cette vie qui défile : mon propre rôle. M’expliquer enfin peut être tous ces “pourquoi” qui me font mal et qui m’empêchent d’avancer, d’aimer et d’être aimée …

Aujourd’hui et hier, … et avant ?….

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Laura L.

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