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A deux…

J’avais commencé ma nouvelle vie de mère, celle qui ne s’apprend pas, qui ne s’invente pas : elle se vit, elle se conjugue, se questionne, avance, doucement se remplit et puis s’écrit… 

Antoine était toujours très sage, calme et souriant. Il rayonnait, et transmettait son état de grâce à qui l’approchait. Moi, je n’étais encore qu’une enfant, et c’était mon attitude encore si fragile face à mes parents qui me le laissait penser. J’étais encore sous le joug de leur domination, je faisais les choses pour qu’ils me pardonnent, pour que leur regard sur moi change, qu’ils aient quelque chose de bien à dire sur moi… Mais rien ne suffira. Il y avait mon fils, eux et moi. Le lien se faisait par lui, et pour le reste je faisais comme je pouvais. Je réalisais beaucoup de choses et avant tout que la vie ne ressemblais en rien aux dessins de mon enfance, ni les paysages, ni les gens, et encore moins le chemin sur lequel j’avançais, ou du moins j’essayais : cahincaha avec pour seul refuge, la maison des « mères célibataires » où j’avais aménagée en cette fin de mois d’Août avec mon petit bonhomme, après un mois de vacances au soleil. 

J’avais pu aussi revoir une partie des amis avec qui j’avais gardé contact, et notamment, Valérie avec qui j’avais passé de bons moments. Elle m’avait permis de prendre du temps pour moi, de vivre des soirées inoubliables à danser, boire et me sentir juste bien, à rencontrer d’autres jeunes de mon âge avec qui je « brûlais » en quelque sorte une partie de mon adolescence volée… Son beau frère tenait une boîte de nuit dans la banlieue Lyonnaise, et nous ne nous privions pas de cet avantage pour aller nous déhancher sur les musiques du moment. Je découvrais cette façon de s’amuser pour la première fois de ma vie, et je trouvais ça palpitant, nos soirées prenaient des allures de fête et  je savais que je vivrais désormais tout autrement mes jours, mais encore plus, mes nuits… 

Valérie était devenue mon amie, c’était une fille franche, intelligente, et dont la vie me fascinait, elle connaissait mon histoire, et avait, avec ses parents toujours été là pour moi. Elle avait su trouver les mots qu’il fallait, les lieux, les gens, et aussi, avait su prendre le temps de me rassurer sur celle que j’étais. Nous avions passé des nuits entières à refaire le monde, à chanter (elle le faisait très bien) à regarder des films et les chaînes des clips à la mode que les programmes des nouvelles chaînes câblées proposaient. Je me souviens qu’elle s’endormait toujours avec la radio où les tubes de Bob Marley qu’elle passait en boucle. Sa vie ne ressemblait en rien à la mienne, ni son univers, ni les décors, ni les coutumes… Mais au fond de moi je savais que son cœur ressemblait au mien, nous étions ça : des sœurs de Cœur… 

Je lui avais donc, un soir, toutes deux dans son grand lit rose, demandé de devenir la marraine d’Antoine, ce qu’elle accepta bien sûr, avec joie. 

Mon installation au foyer, et ma nouvelle vie de mère faisait que nous nous sommes moins vues, puis, encore moins… Le temps et les choses, mettaient entre nous de la distance, mais seulement ça, juste quelques kilomètres, l’essentiel était ailleurs. Valérie avait pour toujours et sans mesure une place de choix dans mon existence. Je n’oublie rien, et nos vies partagées à ce moment là, resteront un rayon de soleil pour toujours gravé dans ma mémoire. Je lui dédie cette page et bien plus encore ; ma raison bien loin de tout ça, parce que le cœur à la sienne et que nos deux cœurs, eux, sont liés pour l’éternité… « Merci Valérie, d’avoir été là, d’avoir été toi, et d’être encore aujourd’hui et pour longtemps : mon amie ! » 

Cette page se tourne mais je la garderai là tout bas… J’avais au fond de moi l’heureuse sensation d’avoir encore grandis et muris, quant à mon petit Antoine, il prendra dans quelques jours le chemin de la crèche, il aura tout juste 3 mois, et moi, je venais d’avoir 20 ans ! 

Une autre

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Dans cette pièce blanche et ensoleillée par ce mois de juin bien entamé où mon fils voyait ses premiers jours défiler, je me remplissais de chaque moment avec lui et percevais en moi quelque chose de nouveau.  Je voyais les choses et les êtres différemment et me surprenais à répéter mes gestes de la journée avec une telle patience que je ne me reconnaissais pas. Antoine était si calme, et le fait qu’il dorme toute la journée ou presque, me laissait tout naturellement le temps de faire les choses, mais aussi d’apprivoiser les silences. Toutes ces heures pendant que mon tout petit dormait, j’apprenais à penser d’abord à lui et donc à une autre personne, comme si mon existence changeait de sens, je n’avais plus les mêmes besoins… Je me découvrais autrement, et je devinais que c’était là, dans cet apprentissage et dans le don de soi que l’on recevait un autre nom, celui de maman et ça m’allait bien… Je ne savais pas vraiment ce que ce mot signifiait avant de l’être à mon tour ; je savais juste le dire, et il avait une résonance toute particulière pour moi. Il avait été durant des années, un mot sur un visage ; mais aussi quelque chose que j’aurais aimé comprendre, dompter et aimer autrement que dans la peur. C’était pour moi, un mot vivant et beau, un nom que l’on avait chanté, récité, crié, embrassé, lu et dessiné. Souvent il sort tout seul quand on a peur ou mal, et puis comme un écho dans ces moments là, c’est la tendresse qui répond. Oui c’était ça, je voulais devenir ce que je cherchais depuis toujours, ce dont toute personne a besoin pour se construire et aller plus loin : l’amour d’une mère. J’essayais donc comme je pouvais, de trouver au fond de moi ce que j’aurais pu être pour que maman m’aime comme les autres, mais ne voyais pas grand chose. Puis finalement je me disais qu’elle m’aimait sans doute autrement, peut être mal, peut être sans le vouloir aussi, mais sûrement un peu, je le désirais tellement…

Alors, voyant mon ange là tout contre moi, ses petites lèvres aspirant mon sein qui le nourissait, et sa toute petite main serrant le plus petit doigt de la mienne, je pensais à nous… Elle : cette femme qui m’avait mis au monde et qui ainsi avait été mère huit fois, et moi, comme on avait été autrefois, il y a vingt ans déjà… Je savais que nous avions cette chose en commun, cette admiration sans borne pour la vie, cette amour du tout petit, cette façon d’être différente avec un enfant dans les bras. Je me souvenais des photos d’elle tenant l’un d’entre nous, de son regard rempli de bonheur et de cette force qui émanait d’elle, cette incroyable énergie que transmet l’enfant pourtant si petit à qui l’on vient de donner la vie. J’avais moi aussi été « ça » et cela me permettait de garder espoir, puisqu’elle avait déjà au moins une fois posé sur moi ce regard là. Le regard d’une mère sur son enfant, cet amour que l’on ne mesure pas et qui fait que l’on sait ce que ce mot contient : maman, c’est la vie…

Alors, le regard posé sur mon fils accroché à ma poitrine ronde et pleine ; je refis le voyage en arrière et me remémorai cette année passée à préparer cette nouvelle vie, ce nouveau départ. L’image de Julien me revint, son visage se perdait légèrement dans mes pensées, et quand mes souvenirs furent plus clairement redessinés, je me suis rappelé que je devenais cette autre à travers lui, et qu’Antoine existait aujourd’hui aussi parce que la vie de cet homme, un soir d’automne avait croisée la mienne…

Il était presque midi, et je regardais le téléphone près de mon lit. Je lui avais promis de le tenir au courant du jour de la naissance de l’enfant que j’avais décidé de garder malgré lui. Cette promesse avait été faite quelque temps auparavant, quelques mois, c’était en décembre, alors peut être avait-il oublié, peut être ne souhaitait-il rien savoir… Mais je lui devais, il en ferait ce qu’il voudrait ; je savais juste qu’il était important pour moi de me défaire de ce long silence, peut être aussi de savoir ce que le temps avait fait de sa vie et aussi d’entendre encore une fois sa voix…

J’avais attendu qu’Antoine referme les yeux dans son petit lit près du mien et que sa respiration reprenne un rythme régulier pour m’assurer qu’il dormait profondément.  Julien avait répondu rapidement à mon appel et notre conversation ne dura pas plus de quelques minutes, il était heureux d’apprendre la nouvelle et que tout allait bien, il me souhaitait bon courage et n’en avait pas dit davantage. J’avais raccroché doucement le téléphone, regardé par la fenêtre en levant mes yeux vers le ciel qui me semblait trop bleu. Et sur ce bout de couleur que je fixais de mon lit d’hôpital, je déposais ma prière. J’avais compris que c’était mieux ainsi et que désormais je serais seule, seule avec mon petit homme et ce ciel immense où sans cesse je cherchais le reflet de moi même…

Le lien

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Caroline était venue m’apporter ce matin là une brassée d’arums blancs, c’est fleurs sobres, élégantes et délicates, dont il émane un parfum frais et discret. J’avais laissé mes yeux et tous mes sens se remplirent de ce magnifique bouquet, mes fleurs préférées, elle ne le savait pas et je trouvais donc l’attention encore plus touchante. Le soleil remplissait entièrement la pièce où il faisait déjà chaud et où l’atmosphère était moite. Elle alla caresser la joue d’Antoine qui dormait dans son petit lit, déposa les fleurs sur la table devant la fenêtre, puis prit place dans le fauteuil de Skye blanc à droite de mon lit. Elle portait une robe de chambray ceinturée à la taille par une large boucle argentée, sa tenue mettait en valeur sa silhouette fine et gracieuse. Son visage était long et harmonieux et ses grands yeux noirs exprimaient une grande douceur. C’était une chance pour moi de l’avoir à mes côtés, j’en étais consciente et savourais les moments qu’elle m’accordait, toutes ces attentions qu’elle me portait : « Bonjour, vous vous êtes bien reposée cette nuit ? Dite moi, il a bien dormit ? Et votre montée de lait ? Tout c’est bien passé ? … Nous avons pris le temps de faire le tour des problèmes cliniques, elle me donna encore quelques conseils pour l’allaitement et me rassura sur mon état. Je l’écoutais en souriant, elle me redonnait confiance en moi et je savais que grâce à ses précieux conseils je faisais le bon choix, que tout s’arrangerai et que finalement, l’avenir ne pouvait être que meilleurs,…  Antoine s’était réveillé et je l’avais pris contre moi pour lui donner sa énième tétée. Caroline me cala un oreiller sous le bras qui maintenait sa tout petite tête. Elle l’embrassa sur le front et passa son sac de toile beige au dessus de sa tête pour le mettre en bandoulière. « Je reviendrai… Pas demain car je serai au bloc pratiquement toute la journée, mais ne vous inquiétez pas les infirmières sont là aussi, il ne faut pas hésiter si vous avez besoin… Je la remerciais encore pour ses fleurs et d’être là pour moi, elle me répondit par un sourire et me fit un petit signe de la main. 

Elle était déjà loin et j’avais redéposé Antoine dans son berceau quand on frappa doucement à la porte.  Maman entra la première, elle avait plusieurs choses dans les mains et les déposa sur le lit. Derrière elle se tenait mon père. Il m’avait dit bonjour, bafouillé quelques mots dont lui seul connait réellement le sens, puis s’était penché pour m’embrasser sur le front. Il avait encore l’air grave à ce moment là, jusqu’à ce qu’il se tourne vers ce petit être sans défenses, là, les petits poings serrés et les yeux a demi ouverts, comme s’il avait quelque chose à dire à ce monsieur si grand, si sévère et si imposant… Alors il y eu un silence, maman prit Antoine dans son lit, et le déposa doucement dans les bras de son grand-père qui en quelques secondes se métamorphosa. Le silence se tu, je savais qu’à cet instant se créait entre eux quelque chose de précieux, un lien pas ordinaire, quelque chose de fort. Papa balbutia des mots sans nom, ceux que l’on emploie que pour les bébés, ceux que n’utilisent que les papys gâteaux, et tout doucement je réalisais que là devant moi se façonnait l’union d’un tout petit être et de mon père. Ce lien si fragile et encore presque impossible quelques jours avant ; avant cette rencontre indélébile qui fera que ces deux êtres seront désormais liés pour l’éternité… Papa le tenait dans ses bras et riait de ses bruitages enfantins, je réalisais en les voyant toute la richesse d’une vie, ce qu’elle offre, ce qu’elle transmet et ce qu’elle peut faire naître au plus profond de nos âmes. C’est être était si petit et si fort à la fois,… Papa avait eu la même remarque que maman concernant la ressemblance d’Antoine avec Julien et avait essayé d’expliquer encore une fois son attitude et ses mots de la veille. Maman lui avait fait signe de ne pas reprendre cette conversation, et me déballait ses dernière emplettes pour compléter mon trousseau, ravie de ces trouvailles et des petits vêtements qu’elle avait trouvé pour son petit-fils. Papa me remit Antoine dans les bras et me rappela juste que j’avais là une lourde tâche à remplir, que ce ne serait pas toujours facile et qu’il était important que je sois bien entourée. C’est à ce moment là qu’il me proposa d’être le parrain de mon enfant, après avoir souhaité que je l’abandonne il me demandait à présent de le prendre pour filleule. Il m’avait demandé ça le plus naturellement du monde et je n’avais pas eu le temps de me poser les questions que d’autres faisaient hurler, car l’homme debout devant moi ce jour là était mon père, et que malgré tout, je restais une petite fille, la sienne, encore remplie de ses valeurs, de toutes ses choses que l’on transmet à ses enfants et qui font qu’on en est fière. Je le regardais, et me rendais compte en cet instant tout le poids de ce lien « père-fille », ce que j’aurai pu être ou faire, ce qu’il pensait de moi, ce qu’il avait espéré, cette fierté que je ne faisais pas naître en lui, et sentais finalement que je souffrais encore bien trop de ne pas être celle qui aurait pu nourrir ses espérances. Mais à ce moment là je ne savais pas, je ne savais rien, et surtout pas ce que pouvait être  la vraie vie. Je n’étais encore qu’une enfant, et je devinais que j’avais encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir vivre sans ce poids, sans cette culpabilité lancinante, pour qu’un jour je trouve enfin la force de comprendre que tout vient d’ailleurs et que bientôt, je puisse me réaliser personnellement, comme un être à part entière pour à mon tour devenir Parent… 

Devenir

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Maman était restée là tout le temps et son visage avait exprimé toutes mes douleurs. Elle était fatiguée et je savais qu’elle venait de vivre, un peu comme moi, l’un des moments les plus intenses de son existence. Nous avions partagé quelque chose d’immense, et j’espérais au fond de moi que ce lien immuable nous rapprocherait, ferait de nos vies quelque chose de meilleur. Mais rien ne pouvais le présager et je la laissais donc jouer son rôle comme elle l’entendait, sans savoir vraiment ce que son cœur cachait. Elle avait vu naître Antoine et le regardait à présent dormir dans une couveuse où on l’avait déposé. Il était encore si frêle, petit ange… Nous étions toutes deux les yeux fixés sur ce berceau de « verre » et là, simplement, les lieux restèrent silencieux le temps que s’accomplisse le reste, l’invisible : les pensés secrètes et toutes ces prières qui nous viennent lors de moments surnaturels, où seuls les anges peuvent comprendre, où seules les mères sourient…  Mon corps souffrait encore à plusieurs endroits, et je savais que maman connaissait que trop bien toutes ces choses qui faisait devenir mère. Le simple fait de donner la vie éponge tout. On se sent comme une autre, on se découvre tellement plus que soi. Alors mes yeux encore accrochés à ce tout petit que je venais de libérer de moi-même, je devinais nos vies, m’espérais dans un autre avenir, autrement qu’une enfant, mère : comme maman ?… 

 

Mes pensées me faisaient somnoler et maman vint me dire au revoir. Elle se pencha doucement au dessus de mon lit « je vais rentrer et reviendrai demain. Je te téléphonerai tout à l’heure, tu auras sûrement une chambre… Il est très beau tu sais, il ressemble à Julien Non ? » … Elle souriait toujours, m’embrassa furtivement et enfila sa veste de coton marine. « Je t’appelle hein ? Repose-toi »… Sa silhouette s’éloigna et mes paupières se refermèrent sur la porte clause, mon cœur battait moins vite désormais, le sommeil m’emporta. 

Il fut court mais le peu de temps où j’avais fermé les yeux m’avait permis de reprendre mes esprits, de revivre chaque moments, chaque vibrations de mon corps, tous les cris et tellement plus encore… 

On venait m’informer que ma chambre était prête et que j’allais pouvoir m’y reposer après que la sage-femme eu finit les dernières vérifications d’usage et s’assurer que tout se passait bien. Je la reconnue aussitôt et reprenait le fil de notre conversation dans mon esprit, elle s’appelait Caroline et m’avait accompagné tout le long de mon accouchement, elle avait suivit chaque mot, chaque geste, et atténué mes douleurs comme elle savait, oui, … Elle savait… Mon esprit retrouvait doucement les images, et je la revoyais distinctement maintenant. Elle avait lavé mon fils qui sortait tout juste de mes entrailles, prit mon carnet de maternité pour y noté l’heure, son poids, sa taille ; et déplié maladroitement une feuille de papier orangée qui dépassait de ce carnet. Elle avait parcouru les lignes et déchiffrait aisément le courrier qu’elle croyait être celui d’un confrère. Puis son visage et sa main s’étaient crispés… Le reste était flou, une infirmière m’avait apporté Antoine dans un drap blanc, et Caroline avait emmené le document sans rien dire avant de quitter la pièce, je ne l’avais pas revue jusqu’à cet instant… Elle me souriait toujours avec douceur et sa voix faisait de même : « Vous allez pouvoir vous reposer dans votre chambre. Je vous amènerai votre fils après qu’il se soit bien réchauffé, sa température est encore un peu basse, mais vous ne vous inquiétez pas, tout va bien. » Elle débloqua les roues du lit et une infirmière le poussa. Elle restait prêt de moi et me rappela la conversation que nous avions eu plus tôt ce matin là :  »Je comprends votre situation et vous avez fait le bon choix. Votre papa viendra, j’en suis sûr il comprendra, j’ai fais en sorte que vous ayez une chambre seule et je viendrai vous voir souvent. Votre maman était là et c’est bien ». Elle me souriait encore et marchait prêt de moi, je sentis de nouveau mes yeux se remplirent de larmes, je pensais tout bas à papa, à ce père en émoi, pourtant grand-père mais pas encore prêt, tellement désolé des circonstances, blessé dans son amour propre, impuissant devant ce nouveau né. 

Arrivera-t-il à accepter mon choix ?, reviendra-t-il voir celui à qui il refusait son nom ? Je me posais bien trop de questions, et comptais malgré moi les heures qui me séparaient de cette rencontre, celle d’un enfant, et du seul homme qui pouvait compter à ce jour pour lui : mon père, puisque lui naissait sans… 

Une vie

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J’avais donné mon nom lors de mon arrivée à l’hôpital, et je savais que papa en était très tourmenté sans en connaître vraiment la raison. Mais cela n’avait plus trop d’importance, devant moi se dessinait un long couloir éclairé de néons blancs. Je suivais l’infirmière qui nous guidait et pas très loin derrière maman fermait la marche lente et lourde que mon état rytmait.

J’étais à présent allongée sur un lit tout blanc dans une chambre où l’on m’avait installée le temps que le « travail » se fasse. Je trouvais ce terme étonnant pour quelque chose d’aussi fascinant que ce temps imparfait et incertain, cette attente dans la douleur en attendant la délivrance. Mais quelque part comment trouver le mot, et existe-il seulement celui qui exprimerait assez bien ce moment ?  Il en fallait un et j’étais donc comme plein d’autres femmes cette nuit là, suspendue entre deux états, multiple et bientôt mère, allongée là, en train de ressentir les douleurs de l’accouchement, celles que l’on ne peut décrire, qui nous permettent d’aller au bout de nous même de nous sentir exister autrement, différente pour toujours parce que « mère »…  La mienne, elle, était là, toujours aussi silencieuse ; je la trouvais distante et en même temps prévenante. Elle s’inquiétait de mes douleurs et des bruits du monitoring qui mesurait l’activité cardiaque de mon petit Antoine. Finalement je la trouvais courageuse, après tout c’était la première fois qu’elle allait vivre un tel instant. Elle avait certes, mis au monde huit enfants, mais là, sa place n’était pas la même et son rôle de mère cette nuit là, allait évoluer, ressembler à autre chose, se conjuguer. Elle devenait, après avoir été huit fois maman, grand-mère pour la première fois, et quelque part, j’étais fière d’être celle par qui elle allait le devenir. A quatre heures du matin, les choses se sont accélérées, on m’avait posé un cathéter dans le dos pour que je puisse m’injecter à l’aide d’une poire, l’anesthésiant qui permettait d’atténuer les douleurs. Maman me tenait la main, j’avais mal et des larmes coulaient malgré moi sur mes joues rougis par toute cette agitation et l’inquiétude qui grandissait. J’avais des difficultés à respirer normalement et fermais les yeux pour ignorer les vas et viens des infirmières et des sages-femmes. La porte était régulièrement ouverte et parfois on pouvait entendre les cris mêlés d’une mère hurlant sa douleur et celui d’un enfant prenant sa première bouffée d’oxygène. J’avais ouvert les yeux, il était cinq heure et par la fenêtre on pouvait voir le ciel s’éclaircir, le jour se levait et je savais que quelques minutes seulement me séparaient du moment où je pourrai serrer tout contre moi mon enfant. Il y eut beaucoup d’agitations et de voix ; maman me tenait toujours la main et paraissait bien pâle. Une douleur vive me serra le ventre puis une autre ; j’avais donné tout ce que je pouvais, mon corps ne pouvait plus fournir aucun effort et là après un court silence, j’entendis un cri, un tout petit cri, puis un pleur. Quelque chose de merveilleux, de si fragile, comme cet instant que je vivais, un prolongement de mon existence, un don de moi-même et de l’invisible, un miracle, mon fils était né et l’on me le déposa délicatement tout contre moi, « mon bébé, mon tout petit, je t’aime… Je pleurais de joie, et ce tout petit être à qui je venais de donner la vie me faisait percevoir un sentiment que je n’avais encore jamais ressenti, quelque chose de fou, un bonheur indéfinissable et cette incroyable joie de se sentir exister au-delà de tout…

Dans la douleur

 

J’avais regardé quelque chose à la télévision, on avait assisté aux élections présidentielles et il me semblait que depuis, on ne voyait plus que cet homme sur le petit écran… Mais il me fallait passer le temps. Je commençais à avoir des contractions régulières, nous étions le 16 juin. Mathilde était à côté de moi dans le canapé du petit salon où je passais ma fin de soirée ce jour là. « C’est douloureux ? » me demanda-t-elle en regardant mon ventre tout rond. Je lui répondis par un sourire et me mis à haleter comme un petit chien « tu vois, il parait que c’est comme ça qu’il faut faire… » Elle fit comme moi et puis nous avons prit un fou rire énorme qui au final accéléra mes douleurs… Il commençait à être tard et je me disais que peut être je devais être fatiguée et que ça irai mieux demain. Je finis par décider de rejoindre ma chambre. J’embrassais Mathilde et quittais la pièce. Mon lit me tendait les bras, papa et maman étaient déjà couchés. J’avais commencé à m’endormir quand soudain, je fus réveillée par une douleur vive dans le ventre. Je me suis levée brutalement et allumais ma lampe de chevet qui me permit de voir mon réveil. Il affichait minuit passé, et soudain, une chose curieuse se produisit. J’étais debout, en chemise de nuit et tout à coup, une espèce de liquide épais tacha la moquette. J’avais de nouveau beaucoup de contractions et mes efforts pour essayer de les faire passer ne fonctionnaient plus vraiment. Je me suis habillée et je suis allée frapper à la porte de la chambre de mes parents. L’urgence de la situation m’aida à amplifier ma voix, qui finalement les réveilla « je crois qu’il faut y aller » Maman se leva rapidement « ha bon, tu as préparé ta valise, tu es prêtes ? » Papa se leva également, « il faut y aller alors… il semblait inquiet, il était encore tout ensommeillé. Je suis allé chercher ma valise tout en continuant à respirer profondément, j’avais si mal. Papa s’était habillé rapidement et finit par prendre mes affaires pour les mettre dans la voiture « en route alors ! » Il descendait les marches doucement et maman le suivait, elle n’avait pas dit un mot. J’étais déjà dans la voiture et  ne pensais qu’à trouver le moyen d’atténuer ces douleurs qui durcissaient mon ventre, vite ! Pensais-je… Vite !   La voiture roulait déjà depuis quelques temps et je respirai difficilement. Papa m’avait de nouveau fait quelques recommandations concernant mon arrivée à l’Hôpital, il tenait clairement à ce que mon identité reste cachée et me remémorait ce qu’il avait consigné dans sa lettre. Je ne pouvais vraiment me concentrer sur ses paroles, et n’écoutais d’ailleurs déjà plus ses mots qui devenaient bientôt inaudibles pour moi. Il faisait nuit et les minutes passaient bien trop doucement, alors je finis par me dire qu’il valait mieux rêver encore un peu, imaginer mon ange là, tout bas, tout prêt à venir au monde. Je l’aimais déjà tellement. Nous étions désormais le 17 Juin, et il était déjà bientôt une heure cette nuit là, celle où j’allais donner la vie. Nous étions arrivés aux urgences, papa et maman se tenaient juste derrière moi et une infirmière en blouse rose vint m’accueillir. « Bonjour, je vais vous conduire dans une chambre, en pré-travail, mais d’abord je dois prendre quelques renseignements, quel est votre nom s’il vous plaît ? » A ce moment là, je ne savais plus vraiment quoi répondre, je sentais derrière moi mon père et tout le poids de ce nom que pourtant je portais parce qu’il m’avait donné la vie. Alors revint au fond de moi cette lueur qui me rappelait que la vie vaut tout et passe avant tout, je ne voulais pas penser aux conséquences, ni aux larmes de papa qui se mirent à couler à ce moment là « Je m’appelle Laura de Blayac ». Papa ne dit pas un mot et me tournait déjà le dos, il reprit le chemin de la sortie sans même me dire au revoir, puis l’on me conduisit avec maman dans une chambre du service maternité…

 

Encore des mots

plume1.jpgLe mois de Mai se terminait, il faisait beau et chaud depuis quelques jours. Je fatiguais plus vite, chaque mouvement me pesait et j’avais du mal à dormir. Mes nuits étaient peuplées de rêves étranges où j’imaginais mon enfant comme un être hors normes, déjà adulte, avec des dents, des yeux, trop de cheveux… Bref mon fils ne ressemblait à rien de déjà vu. Je le rêvais, et mes réveils s’en retrouvaient bien chamboulés, comment avais-je pu imaginer de telles choses ?…  Bref,mon subconscient travaillait, il fallait bien que mes angoisses s’échappent quelque part et mes chimères m’allaient bien ; surtout que ma réalité souvent me dépassait… J’allais finalement régulièrement à Lyon où je pouvais ainsi voir Camille, son gros ventre, son homme et ses nouvelles habitudes de « Madame » ; et imaginer ma vie bientôt dans mon nouveau « chez moi » où nous aurons, Antoine et moi, nos rêves, nos histoires, et toute la vie à écrire…  L’appartement était clair et spacieux, et j’avais pu rapidement deviner ce que serai notre vie à tous les deux dans ce grand deux pièces dans le 7éme arrondissement de Lyon où, s’il vous plait, nous avions une vue imprenable sur le stade de l’Olympique Lyonnais !

C’est finalement en dehors de ma belle prison dorée, où mes parents me tenaient écartée du monde pour ne pas attirer l’attention et ne surtout pas devenir la risée de tout le village, que je réalisais qu’en fait les personnes que je croisais où côtoyais ne me blâmaient pas, ni ne me jugeaient ; et étaient même plutôt attentionnées ou même admiratives.  J’avais pourtant au fond de moi, toujours ce poids immense, cette culpabilité qui me faisait me mettre souvent, bien trop souvent en position de faiblesse. Je me voyais comme une pauvre fille sans cervelle, quelqu’un de sensible et trop naïve, un peu irresponsable avec un caractère bien trop débordant de tout. Oui, trop sensible, trop impulsive, pas assez instruite, pas assez jolie, trop gentille… En fait je voyais la vie bien trop simplement, encore comme une enfant, comment faire autrement ? J’avais aussi malheureusement l’image de ce que l’on m’avait donnée de moi-même, et j’avais bien du mal à croire aux compliments que je recevais, même juste pour un sourire, celui qui ne me lâchait pas ou presque, sauf ce jour là, un peu avant mes premières contractions…    Papa avait de nouveau prit la plume et curieusement cette fois ci, le papier où courraient ses mots était orange vif, une couleur pour dire que les événements actuels n’étaient pas simples ni très honorables  et que pour qu’ils soient moins difficiles à vivre pour lui, il fallait que je suive à la lettre les conseils qu’il exposait ainsi :  « Laura, lors de ton accouchement, je te demande, lors de ton arrivée à l’hôpital de te faire enregistrer sous X- C’est-à-dire de garder le secret de ton identité. Ceci est très important pour la suite des évènements. Je souhaite que tu l’appliques à la lettre (souligné !) En ce qui concerne la reconnaissance de ton enfant étant enceinte, faite le 12 Mai, elle peut être contestée. Il n’a pas lieu de s’en inquiéter.  Il faudra garder pour toi ce qui est ici consigné (il y a prescription…). Je compte sur ta discrétion la plus totale. Il y va de notre avenir à tous (?). Saches que, en cas de mariage, tout rentrera dans l’ordre ; l’enfant étant alors légitimé, il portera le nom de son nouveau père. » 

Aujourd’hui je relis ces mots, mais ma vue se brouille, j’ai juste mal en essayant de comprendre, une larme coule et je voudrais encore écrire, mais je ne vois plus, je ressens juste une douleur vive ; elle traverse là les mots, les lignes et je voudrais croiser vos yeux, deviner que la vie est ailleurs, que tout cela n’est pas réel… Mais je tiens dans les mains cette lettre couleur du soleil couchant et mes yeux me plonge dans la nuit… Jusqu’à demain…

En attendant la vie…

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J’étais donc de retour dans cette maison qui m’avait laissée partir quelques mois auparavant dans un bien triste état. Je ne me voyais pas plus ou moins mal, j’avais juste changé, aussi bien physiquement qu’en profondeur. Mes rondeurs n’étaient plus un étonnement, j’allais être comme ça encore un petit moment et je m’y étais faite. Quand à ce que j’avais au fond de moi, cela restait très ambivalent. En fait, je pensais vraiment être coupable et finalement trouvais que ma situation n’était pas si mal au vu de cette « erreur » qui bouleversa nos vies…  Je me souviens d’un mot de ma sœur aînée qui me disait ceci : « j’espère que tu apprendras à réfléchir sur les actes que tu commets et sur la douleur que tu as fait naître dans la famille. Je souhaite que tu apprennes à être responsable de tes actes et que tu apprennes le respect des autres… » Je relis ces mots, et j’essaye toujours de comprendre aujourd’hui comment je pouvais induire ce genre de sentiments, comment on pouvait me voir et me juger ainsi… Bref, j’avais juste du mal à savoir où était vraiment ma faute. Mes frères et sœurs avaient chacun leur avis sur le sujet et je le comprenais. Évidemment cela chamboule un peu l’ordre des choses, mais, ce que je retenais de tout ça, c’était que j’allais bientôt donner la vie, et que plus jamais je ne devrai penser qu’à moi seule, nous étions 2, pour toujours. 

L’ensemble de la famille commença à être au courant du « problème » peu avant la naissance de mon petit bout. C’est à cette époque là que ma grand-mère paternelle retrouva son époux, dans les nuages ou je ne sais où, là où se retrouvent les âmes libérées de leur corps et de tout le poids de la vie sur terre… J’avais été très touchée d’apprendre son décès et d’autant plus triste que je n’avais pas eu le droit d’assister à son enterrement puisque personne ne connaissait à ce moment là mon état. Evidemment, plusieurs personnes se sont étonnées de mon absence et c’est ainsi que finalement tout le monde fut mis au courant. Je savais que ma situation peinait beaucoup papa et maman et je ne savais pas trop comment me positionner vis à vis d’eux. Maman avait un comportement étrange, et parfois, après avoir bu, oubliait que je portais son petit fils.  J’avais de nouveau senti la douleur physique, un mal pour un bien sans doute. Elle hurlait sa douleur, moi je pleurais de ne savoir pourquoi. Ses mots n’avaient pas changés, « t’es qu’une pute, tu vois, tu as encore foutu la merde dans la famille, t’es fière de toi hein ? … Ces jours là, je ne pensais qu’à mon fils, et je me disais tout bas qu’il entendait sa voix. Je n’écoutais plus vraiment, mais je savais que je devais le rassurer, je prenais le temps après la tempête, tout en caressant mon ventre, de lui dire combien je l’aimais et qu’un jour, tout s’arrangerai.  Je savais aussi que ce temps là ne durerait pas et que bientôt je serai ailleurs, chez moi, dans un endroit à nous, rien qu’à nous. L’association « Mère de Miséricorde » proposait des logements dans un foyer où résidaient des mères célibataire, comme moi. Ils nous proposaient un appartement que l’on gérait à moindre frais, et en contre-parti acceptions le règlement intérieur et l’aide à la réinsertion (notamment). Une des jeunes mamans que j’avais rencontrées lors de mon départ dans ma famille d’accueil quittait le foyer et je devais récupérer son appartement à la rentrée de septembre. Il ne me restait donc quelques mois à passer chez mes parents, quelques jours maintenant me séparaient de l’instant où j’allais enfin tenir dans mes bras mon enfant, le reste m’importait peu, je comptais les jours, juste ça et c’était bien comme ça… 

Le retour

Je réalisais le temps qu’il me restait à passer dans ma nouvelle famille que très peu de temps avant le départ et essayais tant bien que mal d’atténuer en moi, les craintes, les doutes et les incertitudes qui me hantaient. Mes nuits étaient courtes et agitées, je devinais mon retour avec pour tout horizon : des peurs et des angoisses, des gris et tous les noirs de mon enfances que je voyais doucement remonter des abîmes. Paulette avait beau me rassurer, tous les enfants m’aider à voir le bon côté des choses, j’avais toujours en moi cette culpabilité et le poids de ce qu’allait être ma vie là bas, avec ceux qui m’avaient, quelque mois auparavant, chassé de la maisonnée car j’avais « Sali le sang de la famille » celle là même qui m’avait donné la vie, et qui me permettait de la donner aujourd’hui à mon tour… 

Le départ avait été organisé pour faciliter les déplacements de chacun, puisque c’était le temps de vacances de Pâques, et que les enfants avaient des séjours prévus dans d’autres régions et notamment pas très loin de chez mes parents, dans le Rhône, là bas où m’attendaient mes frères et sœurs, mon père, ma mère…  Nous étions partis tôt ce matin là… La route fût longue et j’avais eu le temps d’imaginer les retrouvailles, bien évidement pas comme elles finirent par se passer…

La dernière ligne droite avant d’apercevoir le portail blanc qui menait à la maison, des images me revinrent, des souvenirs lointains, presque effacés, qui me faisaient revenir à moi avant, à ma vie sans cette parenthèse et des « si » soudain, se mirent à envahir mon esprit… Paulette me fit revenir brutalement à la réalité : « c’est ici Laura ? Nous sommes arrivés je crois, regarde ton père est là… Alain avait klaxonné devant la maison, et effectivement, la silhouette de papa se dessinait derrière le portail qu’il venait ouvrir. Il souriait et j’étais descendu de la voiture, j’avais ouvert le portail avant lui et me trouvais à sa hauteur, je ne pu retenir mes larmes, qui m’empêchèrent de parler la première.

« La punition est terminée, tu es là, à la maison et j’en suis heureux, … il m’avait pris contre lui, pas trop, juste ce qu’il faut pour joindre le geste à la parole, et puis mon ventre l’empêchait peut être aussi de le faire mieux… J’étais émue et triste, perdu dans mon état, ne sachant plus vraiment où était ma place ; enfant, mère, fille, je me sentais perdue, mal à l’aise et si différente de ce que j’avais pu être avant, là dans cette maison qui m’avait vu rentrer dans l’adolescence.

Le reste de la famille nous avait rejoints et la présence d’Alain et Paulette simplifiait les retrouvailles. Maman m’avait embrassée et mes sœurs aussi. Mes frères étaient plus distants, il n’y avait là rien à fêter, j’avais pour eux commis une erreur et leurs dernières lettres reçu d’eux dans ma famille d’accueil me l’avait rappelé, ils s’étonnaient juste (avec raison) de me voir si grosse, et leur regard sur moi étaient bien difficile à assumer.

A la maison rien n’avait changé, et j’étais malgré tout heureuse de me retrouver dans ces murs. Le jardin reprenait ses droits et les bourgeons redonnaient vie à cette nature que j’avais vu s’éteindre, quelque mois auparavant, c’était juste avant l’hiver. Ce jour là, le printemps accompagnait mon retour au foyer et me donnait confiance dans les mois à venir, même si rien à ce moment là, ne pouvait présager de ce que pouvait être : demain…

Le départ…

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Le passage des miens dans un lieu où je me trouvais recluse, à leurs yeux une personne peu fréquentable et dont ils avaient honte, m’avaient donné à réfléchir sur nos liens, sur la vie et la valeur des choses…  J’étais accueillis chez des personnes de cœur, qui avaient la foi et voyaient les choses autrement que ceux qui m’avaient transmis leur éthique personnelle, une croyance bien particulière et or du temps, qui juge et qui punis, qui dénigre, se montre intolérant et moralisateur… J’ouvrais donc petit à petit les yeux sur d’autres façons de vivre, de penser, d’aimer et de croire. Tout autour de moi ; chaque jour qui passait, chaque sourire, chaque rencontre, chaque repas partagé, me faisaient me poser la question de mon éducation, de ma vie avec ceux qui me l’ont donnée et tout ce que cela avait fait de moi…  J’en parlais beaucoup avec les personnes avec qui je partageais ma grossesse, ceux qui étaient là pour moi, me rassuraient, et m’aidaient dans ces moments difficiles qui feraient que mon existence serait pour le reste de ma vie, un tout autre chemin que celui que mes parents avaient espéré tracer pour moi. C’est un w-end de Février, que j’avais découvert ce que pouvait être une vrai relation « mère-fille ». La famille Bouvier m’avait proposé de les accompagner dans le Jura, où ils passaient leurs vacances d’hiver, dans le chalet de leur grand-mère. J’avais sauté de joie, j’étais si heureuse de revoir les montagnes et de prendre l’air là haut avec mon bébé et mes amis. Je trouvais madame Bouvier lumineuse, même dans les moments de conflits (oui, oui, même chez eux, ça surgissait parfois : des heurts, des cris ou des pleurs ; comme partout, je crois, dans toutes les familles et d’autant plus quand elles sont nombreuses…) il restait dans son regard et dans ses gestes une infinie tendresse, quelque chose de bon, de doux. Ses filles goûtaient naturellement à toutes les attentions de cette maman formidable qui réglait les disputes, séchait les pleurs, gérait le quotidien comme de rien, comme une mère… Cela me bouleversait d’être là, dans une autre famille avec leurs habitudes, leurs rythmes, leurs idées et principes, de voir que cela existait dans un ailleurs jusque là ignoré de moi-même. De voir qu’une maman peut aimer autant d’enfants avec le même amour, et que malgré le nombre, leur différence, les caractères plus ou moins forts de chacun, son regard restait le même, généreux, tendre et brillant de sincérité et d’amour… Mes pensés s’embrumaient et je rêvais ma vie après. J’espérais le regard transformé de maman sur moi, j’imaginais ses bras tout autour de moi, je regardais par la fenêtre tout ce blanc, les traces de pas dans la neige et celle qui tombait, là, sur ce chalet plein de joie et de chaleur où mon sourire ne me quitta pas de ces quinze jours de vacances inoubliables. 

L’hiver avait faiblit,  et j’avais l’impression que tout mon corps aussi, les vacances étaient loin désormais… Je me sentais lourde et fatiguée, je savais qu’Antoine allait bien et j’en étais heureuse. Je continuais à le rassurer, à lui chanter mes chansons préférées et à croire en nous. Le temps passait et Antoine puisait en moi tout ce qui le faisait devenir, et tout bas là s’agitait pour me dire : « maman je viens bientôt ». Mes parents avaient demandé à Alain et Paulette que je puisse rentrer plutôt que ce qui était prévu, ils voyaient les choses autrement désormais et avaient finalement décidés que je puisse terminer ma grossesse chez eux. Ils avaient sûrement de très bonnes raisons, mais il leur fallait trouver celle qui mettra fin à tous autres bavardages. En effet, cette année là destinait à un politicien la place de président, et les élections arrivaient à grand pas… (Un bon prétexte donc pour mettre fin à mon exil…) De longues conversations téléphoniques et quelques lettres avaient permis d’organiser mon retour au « bercail», le départ se préparait doucement, inéluctablement. J’étais triste et heureuse à la fois, mon cœur et ma raison toujours emmêlés, et sans comprendre, je laissais refermer en moi cette question lancinante, ce pourquoi de tant de froideur à mon égard de la part d’une mère pourtant comblée (me semblait-il…) Papa avait intitulé les retrouvailles « le retour de l’enfant prodigue » … Il y avait, là bas, mon cœur, ses raisons et bien plus encore… 

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Laura L.

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