Page d'archive 4

La vie après…

 

La vie après… dans vivre Ame-150x112

Oui, il y a des vies, les nôtres, celles qui suivent le cours du temps, ce temps, ce présent que l’on a choisit de vivre malgré tout… Alors on est là, on se le dit, on se l’écrit, on souffre ensemble, mais pas avec tous… Il y a ceux qui font face à l’absence en l’ignorant, ceux qui se mentent et racontent les choses à leur façon pour détourner la vérité, et ceux qui essayent de continuer à croire… La vérité est ailleurs et un jour elle nous éclairera de sa simplicité de cœur, de sa belle lumière limpide et libératrice. Papa nous avait raconté sa version, une histoire sans fin. Son scénario (et je pèse mes mots…) ne ressemblait à rien de logique ni de compréhensible pour nous, ses frères et sœurs, enfin, certains… En fait, une ombre s’était formée au dessus de la tombe de Thomas, et chacun avait imaginé cette mort tragique à sa façon pour pouvoir l’oublier, ou du moins l’apprivoiser, et ainsi atténuer les douleurs qu’elle engendrait. Mais d’autres mots avaient surgi, on ne voulait pas les entendre, on ne pouvait croire qu’il ait pu faire ce choix là ; abandonner ses rêves et puis mourir n’est pas une chose qu’il aurait pu concevoir, non ! Pas lui ! Mais pourtant le suicide devient parfois une libération,  certains savaient depuis le premier jour, il y a juste des mots qui font peur et aussi très mal, il faut le temps de les accepter, de se dire que c’est ainsi et que sa liberté allait  jusque là. C’était sa vie et non la notre… Moi, je n’y pensais même pas, je trouvais ce geste complètement impossible venant de lui, d’autant que ce jour là il se rendait chez nos parents. J’avais partagé mes doutes et mes pensées avec Camille, qui, elle, avait tranché : il avait mi fin à ses souffrances, il avait des idées plein la tête et un corps de géant ayant déjà avant de mourir presque investit le ciel, il lui fallait des ailes et c’est en croyant s’envoler d’un train qu’il pensait trouver la Vérité… Pour elle, il ne fallait pas chercher plus loin et je sus plus tard que d’autres avaient eux aussi cette vision des choses, et pourtant, moi, je refusais encore d’y croire… Son corps s’était brisé à cet endroit ce jour là, son existence avait pris fin et la pensée qu’il avait pu nous abandonner comme ça, sans un adieu, me faisait redoubler d’imagination concernant cet accident si violent, tellement terrifiant… J’avais retrouvé l’article dans les faits divers quelques années plus tard dans le Ouest-France où ces mots m’avaient pétrifiée : « le pauvre jeune homme a été déchiqueté »…

Alors le temps ne changerait rien, aucun mot ne pouvait plus rien sauver ; la vie restait suspendue à cette absence douloureuse et encore inexpliquée. Je commençais tout juste à comprendre que mes parents vivaient l’enfer, l’enfer d’un silence sur cette vie qu’ils avaient pourtant façonnée. Papa ne pouvait surtout pas penser qu’un être à qui il avait donné la vie avait pu vouloir la supprimer, c’était au dessus de ses forces et je le comprenais… Mon histoire me donnera les clés, mais bien plus tard… Mon esprit à ce moment là était encore obstrué par une vision déformée de la vie et des choix que mes parents avaient pu faire et de ce qu’ils étaient réellement. Je n’avais alors, que mon petit Antoine pour atténuer les douleurs de cette famille endeuillée, et je pris donc une fois de plus le chemin que traçaient pour moi mes parents, celui qu’ils creusaient derrière eux pour que je m’enlise. Ils avaient besoin d’être soulagés, de croire encore en la vie. Antoine lui, n’existait que pour ça : vivre ! Il devenait celui qui sourit à la vie, et alors devant lui la mort se dissipait, on n’y pensait moins, on la trouvait moins dure, moins froide… J’avais tout quitté, encore une fois pour eux et par eux ; j’allais dessiner mon avenir ailleurs, là où je ne savais pas encore, là où je deviendrai une autre… J’allais là où mon cœur me guidait, dans les paysages des personnes que je voulais entendre me dire « je t’aime », là où maman avait abandonné ses rêves… Terre de sel, ma demeure de granit, mon rocher, ma Bretagne couleur du temps, petit pays des fées, je viens rejoindre l’âme de mon frère que tu as fait s’envoler vers l’éternité…

Je n’avais plus que la mer pour seul horizon, ce sera mon unique raison ; trouver là bas de quoi nourrir mon cœur et bien plus encore… 

Ailleurs

croix1.jpg 

Il faisait décidément trop froid, trop noir, trop tout… Mon cœur ne desserrait pas, j’étais oppressée, déconcertée, j’aurai préféré ne pas savoir, rester dans un autre monde, ailleurs…  Et puis les jours se dessinaient malgré tout, les nuits noires et humides de larmes se suivaient. J’avais passé du temps avec Camille en essayant de le remonter, nous avions parlé des heures de notre frère, de son départ de cette douleur, essayant de comprendre, de soulager nos cœurs si lourds. Alors le jour arriva où il fallu se retrouver, tous ensemble dans une lugubre assemblée triste et inconsolable… Je savais que ce jour redéfinirai toute mon existence, toutes mes croyances. Une partie de nos vies s’était envolée ce jour là, loin du monde et de son vacarme assourdissant, loin des yeux des autres, des pensées sans âmes et des cœurs noirs. 

Thomas avait les yeux clairs et un corps de géant, il avait la foi, il savait que Dieu est bon, il cherchait l’Amour, et puis il s’est envolé… Alors, nous avions fait comme c’est écris, comme font tous les croyants ou non, ceux qui souhaitent perpétuer les traditions, ceux qui viennent de perdre un être cher… Nous nous sommes retrouvés là, entre les murs froids et gris d’une Eglise pour y déposer nos larmes ; pour crier la douleur et lui donner nos mots  avec l’espoir de retrouver un jour son visage, quelque part, dans nos souvenirs ou bien ailleurs…    On ne l’avait pas revu, on nous avait juste assuré que là, dans ce coffre de bois reposait son corps, et mes yeux mouillés ne pouvait croire que cela puisse être la vérité, j’aurai voulu crier « lève toi » ! Comme de nombreuses personnes qui ont croisé la mort, je ne savais rien de cette absence, je ne la connaissais pas. Personne ne l’a apprise,  personne ne l’a sondée, elle est juste là, au bout de nos vies et elle nous attend, comme une ombre. Elle nous rend faible et triste parce que l’on ne sait pas qui elle est, ni où elle va. Je voyais trop de larmes, trop de visages sombres et de sanglots longs, trop de personnes que j’aime dans l’agonie. J’aurai voulu savoir pourquoi, pourquoi cette boîte ? Pourquoi ce silence ? Pourquoi tant de chagrin ? Et ce vide, ce terrible creux, comme une partie de mon cœur qui s’arrache à ma vie… 

Et ce fût ainsi, dans ce moment de douleur inouïe, que  je su que je ne parlerai plus de cette étrangère de la même façon. La mort avait changé mon regard ; elle avait frappé à ma porte, était entrée sans crier garde, et une tempête s’apprêtait à faire de mon avenir un ailleurs. J’avais d’autres clés et l’envie de donner un sens à cette absence. Je savais que je n’oublierai jamais rien de lui, que son âme était là, pas loin, et qu’elle gardait vivant son sourire, ses pas de géant et toutes ses pensées les plus belles. 

Nous avions donc ce jour là tous retrouvé la maison de nos dernières paroles avec lui vivant, cette maison où les souvenirs s’entassaient partout comme des morceaux d’histoires mis bout à bout… Et nous y avions accueillis les personnes de la famille qui souhaitais se joindre à cette journée macabre, ceux qui voulais nous soutenir, être là, et puis juste leur mains tendues c’était déjà tant de vies… 

Je découvrais avec ma famille et les amis qui nous avaient rejoins la tristesse de cet instant, je comprenais que rien ne pouvais la mesurer ni la contenir, nous étions impuissants, juste ça, impuissants et tristes parce qu’ignorants de cet ailleurs où lui, avait fait reposé son cœur… 

La journée fut longue et la pensée que les jours d’après me ferait reprendre le cours normal des choses me terrifiait, il fallait continuer à vivre, voir ceux qui ne savaient pas et puis reprendre le travail… Le ciel était couvert cette nuit là, j’aurai aimé voir les étoiles, mais rien ne brillait, le ciel pleurait lui aussi, comme s’il savait le pourquoi d’une fin sans nom, de cet ailleurs qui nous attends, là, à la fin des cœurs qui ont cessé de battre et qui fait si mal à ceux qui reste… 

« La mort n’est rien, rien qu’un ailleurs où nos âmes deviennent les yeux d’un nouveau corps… » 

Sans nom…

 

tristesse.jpg

Ce Noël avait été pour chacun d’entre nous quelque chose de fort et doux, un moment inoubliable, gravé dans nos mémoires…  Les souvenirs se sont installés, insidieusement, avec le temps et parce qu’après cette fête de famille pas comme les autres, l’histoire nous a fait devenir tous différents. La vie est ainsi faite, il y a parfois des jours, des nuits, de ce temps qui ne nous appartient plus et que l’on voudrait effacer de nos pensées. Des instants que l’on n’aurait voulu ne jamais inscrire dans nos vies ; mais voilà, la vie, c’est aussi ça… Nous sommes bien peu de chose en fait, si peu de chose… 

Les pages défilent depuis quelques temps et je me vois écrire et réécrire ces lignes si noires qui font pourtant partie de mon existence et que je souhaite déposer là, avec le reste, pour de nouveau marcher droite et légère, parce que je le dois à ma vie d’aujourd’hui, à ceux que j’aime et à vous là, doucement, parcourant mes mots avec votre cœur et vos yeux qui eux aussi peuvent comprendre. J’en suis là, je vous raconte, je vous l’offre, et me demande comment choisir les lettres qui s’uniront le mieux pour donner à ce douloureux moment de ma vie tout son sens. Je voulais reprendre le texte, l’ouvrir en espérant peut être y trouver un rêve, mais le passé ne se réinvente pas, tout est là, gravé, il est juste un peu moins lourd désormais, parce qu’un jour j’ai su que la vie nous donne aussi parfois beaucoup… Alors, elle peut aussi prendre, ou reprendre. 

Il faisait encore bien froid et je me préparais ce matin là pour partir travailler, c’était un mercredi, il ne pleuvait pas et puis mon téléphone a sonné. Cette sonnerie résonne encore depuis ce jour trop souvent pour me souvenir… : « Allo ? » C’était la voix de papa, mais une voix bien différente de celle que je lui connaissais. Elle était faible, presque inaudible, froide dans le ton et si triste, terriblement triste : « Je t’appelle pour t’apprendre une terrible nouvelle, Thomas est mort hier, il est tombé du train qui le ramenait à la maison. Nous te rappellerons plus tard, maman aussi sûrement, j’étais allé le chercher, il n’est jamais arrivé… Sa voix tremblait, mais il ne pleurait pas, je me suis écroulée par terre, « Je t’embrasse, retrouve ta sœur qui doit aussi être sous le choc, Dieu la reprit avec lui,…  Il avait raccroché. Mes jambes ne me portaient plus, mes yeux s’étaient remplis de larmes, et je tremblais. Thomas, Thomas, mais pourquoi ? Comment ? Mon Dieu ! Je hurlais, pleurais, et puis pensais à Antoine, il venait tout juste de se réveiller, je l’avais rejoint dans sa chambre, mais je ne pouvais retenir mes larmes. Annie et Pierre étaient là ce jour là, ils étaient revenus pour la semaine groupant les visites pour l’appartement. Annie avait surprit la conversation, elle me prit dans les bras, elle ne comprenait pas vraiment encore pourquoi, ni moi. Comment imaginer ou comprendre quelque chose de semblable ? Il n’y a rien à dire, rien à comprendre, rien à savoir d’ailleurs. Il y a juste lui, partout, sur les murs, les portes, les fenêtres, là où mes yeux s’égarent, son visage, son doux visage, celui d’un homme, de mon frère… Il a vingt ans et il s’en va, il a vingt ans pour toujours, il y a aussi sa voix, ses yeux, ses mains, et son frère, et ses sœurs, mon Dieu, mais Pourquoi ??? La réponse est dans un autre monde, ce moment là ne s’explique pas et ne se vit pas non plus, il s’étouffe dans une douleur sans nom, sans rien de réel puisque c’est une fin, un mal qui ronge de l’intérieur et qui ne disparaît jamais. Le cœur devient lourd et douloureux, et l’âme pense à tous les autres, à ceux qui l’aiment, à ceux qui souffrent, là, au même instant, cet instant tragique que l’on sait vécu par d’autres… C’est un mal sans nom, j’ai beau chercher, il n’en existe pas, les larmes elles, sont là un peu pour ça, elles remplissent ce vide immense que laisse derrière lui cet homme, ce frère, ce fils, cet ami, cette personne qui a partagé nos vies et qui ne reviendra plus … Il était si Grand… Comment peut-il disparaître ? Et pourquoi ? Les larmes coulent, encore et toujours, partout, à jamais, avec les souvenirs et la terrible sensation d’une grande souffrance, d’un fait inexplicable, d’une extrême violence et dont on n’aura jamais la raison, ni rien d’autre en fait, c’est juste ça : un puits de larmes, puisqu’il faut combler ce vide et continuer à vivre… 

Un Noël en carton

nol2.jpg

Il avait neigé, il faisait froid et tous les matins étaient blancs. Blanc du givre sur les toits, le long des trottoirs, sur les pavés… Il y avait parfois des plaques de verglas, le froid piquait nos yeux et rougissait nos joues, j’aime l’hiver ! Bientôt Noël ! Et nous avions appris que Papa nous rassemblait dans la maison de Gleizé où il avait gardé un des appartements qu’il avait rénové l’été dernier. J’étais heureuse d’y emmener Antoine qui déjà commençait à faire des phrases. Il appelait mon père « taré » et cela amusait beaucoup tout le monde. Il faisait en fait, une curieuse contraction pour essayer de dire « parrain » qui deviendra « Papily » pour tous les petits enfants… Maman, elle, se faisait appelé Mouchka, ce qui donnait pour l’instant, en mode enfant, tout simplement « Ka » puis « Mouka » ! Moi c’était « Maman » et l’entendre de la petite voix si vive et si tendre de mon petit Antoine me remplissait de bonheur ! Nous avions tous pu prendre nos congés cette année là pour être disponible le w-end de Noël. Nous avions pu nous réunir et c’était bien, c’était bon. Les petits enfants créaient une ambiance toute particulière autour du sapin que Maman avait décoré avec eux. Il y avait aussi une crèche… Nous avions préparé un repas de fête, mais la vaisselle n’était plus là, nous avions donc prévu d’utiliser des assiettes en cartons et les couverts en plastique blancs qui servaient habituellement aux pique-nique… Les serviettes en papier étaient imprimées de houx, et on avait disposé sur la table des bougies rappelant leurs couleurs rouge et verte, et qui suffisaient à elles seule à rendre la table digne d’un réveillon en famille ! Le sapin était comme toujours, à la hauteur des espérances de Papa qui misait toujours plus haut, plus beau, avec toute en haut cette étoile, au firmament de ses rêves endormis… Nous étions heureux de partager ces instants un peu magiques, comme coupés de la réalité où s’engouffraient quelques anges, quelques esprits égarés en quête de chaleur, et qui nous faisaient oublier les vieilles rancœurs, les mensonges et les non-dits. Le repas c’était bien passé et les discussions s’éternisaient autour d’un énième café ou d’un thé…

Avec Camille, nous avions couché Antoine et Lucas les yeux remplis de rêves merveilleux où les cadeaux venaient danser autour du grand sapin tout illuminé. Leurs paupières ne mirent pas longtemps à se fermer et sur leurs lèvres se dessinaient déjà les prémices d’un lendemain plein de joies.
Nous avions rejoins les autres au salon où la soirée se terminait paisiblement bercé par les notes des chansons de Sardou, que Thomas nous repassait en boucle… Je m’étais assise à ses côtés et la nuit nous avait entraînés dans un monde de mots et d’idées que je n’avais jamais explorés jusque là. Arnauld nous avait rejoint et leur questions existentielles m’avaient passionnée. Je sentais bien dans le ton de leur voix qu’ils savaient que je n’étais pas allé aussi loin dans leur voyage au pays des « Dieux ». Mais tout cela n’était pour moi pas aussi important que d’être là avec eux à refaire le monde et la vie, leur Dieu et son ciel, et tout le reste de l’univers. J’avais ce soir là d’autres étoiles à compter, j’avais très rarement eu le privilège de passer du temps en leur compagnie, j’en profiterai donc cette nuit là, comme jamais…Ils étaient pourtant mes frères et  pour moi des hommes si différents de ce que j’avais pu connaître. Ils écoutaient Sardou, lisaient les philosophes d’hier et d’aujourd’hui, les plus connus et ceux qu’il faut découvrir au fin fond d’une librairie où s’entasse depuis des lustres des piles de vieux livres aux pages jaunis. Ils vivaient de rien, ou si peu, ils étaient grands, ils étaient beaux, et j’en étais très fière… Cette soirée m’avait aussi rassurée sur le choix de Thomas et de son départ du monastère, il avait aussi retrouvé son frère, et puis son beau frère, enfin le notre : le fiancé de Louise. Notre soeur aînée était venue accompagnée de son cher et tendre, le fameux Nicolas, cet homme que Papa ne cessait d’encenser ; sûrement avait-il raison puisqu’il avait dans sa tête des choses que je ne pensais même pas pouvoir prononcer un jour… Il avait pris sa place dans la famille depuis quelque temps déjà et l’on parlait aussi, depuis peu : mariage… Je le regardais sans savoir vraiment ce qu’il pouvait penser de moi, et cela m’importait peu en fait. Je savais que Louise avait choisit le chemin de la raison depuis toujours, elle le suivait dans les yeux de notre père, elle avait donc toujours tout bien fait, elle était à mes yeux et dans ceux de ce Noël là : admirable.  Je savais juste ça, qu’elle faisait sûrement le bon choix… Et c’était très bien comme ça.

 Avec Arnauld et Thomas, nous nous étions allongés sur le tapis du salon, je me souviens de nos rires étouffés et de leurs voix si graves. Ils reprenaient parfois les paroles des chansons qui passaient depuis le dîner, dans le lecteur qu’Arnauld avait amené pour l’occasion. Certains s’étaient éclipsé plus tôt, d’autres fumaient leur dernière cigarettes sur le balcon… Il faisait pourtant si froid, mais la chaleur de nos cœurs ce soir là suffisait à nous réchauffer. Ainsi nos mots s’étaient étiolés, il faisait de plus en plus noir et je sentais mes forces m’abandonner. Je leur avais dis bonsoir et je quittais la pièce tout en fredonnant encore avec eux la chanson qui m’emportait vers demain :

On refait malgré soi
Le chemin à l’envers
En se disant tout bas
Que c’était mieux hier

Putain de temps
Qui fait des enfants aux enfants
Des tours d’ivoire aux éléphants
Putain de temps
Tout doucement
On va sur ses noces de diamant
Le champagne coule au nouvel an
Putain de temps

Depuis le temps
Qu’on va de l’eau à l’Océan
Sans fin et sans commencement
Putain de temps
Finalement
Le ciel nous gardera vivant
On se reverra forcément
Putain de temps…

Le temps avait emmené nos paroles, nos pensées et nos sourires, et le présent nous invitait dans un ailleurs le temps d’un rêve pour chacun.

La maisonnée s’endormait doucement…

Demain c’est Noël !

Nous, là-bas…

  lunetoiles.jpg

Nous avions repris nos habitudes Lyonnaises, les endroits, les gens, le climat… Nous étions installés très confortablement dans un appartement du 1er arrondissement, le long des quais du Rhône, près de la place des Terreaux… Le logement était clair et spacieux, Annie et Pierre nous y avaient accueillis avec beaucoup de simplicité et de générosité. Pierre était à présent en retraite et souhaitait occuper leur mas provençal à l’année. Ils vendaient donc leur appartement et nous logeaient, Antoine et moi le temps que les choses se fassent et que je trouve un endroit pour nous deux. Annie m’aidait beaucoup pour m’organiser, faire mes comptes, mes courriers, mes courses… J’avais une étrange façon de faire fonctionner mes petites affaires et elle en restait souvent perplexe… «Laura, il faut que tu apprennes à gérer ton compte, tu ne peux pas continuer à faire des achats inconsidérés… En effet, Noël se préparait et j’avais commencé, comme chaque année, à faire des cadeaux à tout le monde sans me préoccuper de ce que je pouvais dépenser. J’avais normalement juste assez pour mon fils et moi, et le reste devait être mis de côté pour les coups durs (comme on dit). Mais tout ça me brûlait les doigts, je ne savais exister que par là, je pensais que je devais offrir, donner, partager, et bien plus encore. Je ne savais en fait tout, simplement pas comment me faire aimer autrement… Je suis allée jusqu’à emprunter pour faire des présents aux miens, pour qu’ils m’aiment, me disent simplement merci, ou pour voir sur leur visage ce sourire qu’ils m’adressaient, même pas longtemps… Mais la réalité était bien différente, je le découvrirai plus tard… Le moment présent m’occupait plus simplement, je voulais rentrer les bras chargés de cadeaux et je voulais faire plaisir à tout le monde, le reste ne me souciait que peu, je ne voulais juste pas y penser, c’était plus facile …
Un peu plus loin, après avoir traversé la Saône, je retrouvais mon travail Chez Cyrillus et j’étais heureuse de retrouver l’équipe que j’avais quitté quelques mois auparavant. On travaillait bien, les chiffres nous permettaient d’être bien notés par la direction et même cette année là d’être remerciés. C’est ainsi que je pu dîner en compagnie de toutes mes collègues (18 personnes tout de même !) chez Paul Bocuse s’il vous plaît ! La soirée fût mémorable, même si j’avais trouvé le décor un peu chargé et pas trop à mon goût, je me suis souvenue que j’aimais les bonnes choses, et juste ça c’était déjà bien, vraiment bien… Les mois passaient, des liens s’étaient crées d’autres dénoués, j’avais cru aimer de nouveau, puis pas du tout, essayé de rentrer encore dans ce moule qui ne me convenait pas,… Et puis je voyais Camille. On se retrouvait avec les enfants, nous parlions beaucoup, elle avait une toute autre façon de voir les choses, sa vie ne ressemblait que très peu à la mienne. Mais je la sentais plus libre, plus lucide aussi sur notre histoire, celle de notre enfance… Elle essayait de me faire comprendre le fonctionnement de notre cellule familiale. Elle avait décortiqué le passé et s’y heurtais, mais était déjà loin du noyau pour ainsi  s’en protéger, reconstruire son « moi », et être elle-même pour s’envoler un peu plus loin, plus forte… C’est une amie à elle qui gardait mon petit Antoine déjà tellement vif et souriant ! Il faisait la joie de tous ! Je l’emmenais avec moi le matin dans sa poussette, nous prenions le métro, jusque dans le 6ème arrondissement, Avenue Foch. Sylvie nous attendait devant le magasin. Je disais au revoir à mon petit bonhomme et puis filais dans les rayons après avoir fait toutes les recommandations nécessaires à celle qui allait prendre soins de mon petit bout tout au long de la journée. Nous  nous retrouvions le soir au même endroit. Parfois il faisait bien froid et les joues d’Antoine étaient aussi rouges que son bonnet de laine qui recouvrait presque entièrement ses yeux bruns. Je lui avais mis ses moufles, j’avais hâte de me retrouver au chaud, à la « maison » pour le serrer tout contre moi et lui dire encore et encore combien je l’aimais et que bientôt tout irai bien…

Les soirées passaient trop vite. Je m’occupais de lui jusqu’à l’endormir. Il fermait rapidement ses paupières serrant contre lui son doudou préféré tout en suçotant l’étiquette qu’il tenait entre le pouce et l’indexe. Je le regardais longuement, j’imaginais notre avenir, je rêvais d’une autre vie, d’un papa pour lui, et je pensais ce soir là que là était mon devoir : il lui fallait un père et peut être n’était-il pas loin, là, quelque part. Mes yeux scrutaient le bout de ciel que laissait passer le lourd rideau de velours de la fenêtre. Il faisait froid ce soir là, les étoiles ne scintillaient pas et je n’avais que celles qui dansaient dans ma tête pour croire encore à demain, à notre existence plus belle, à cet ailleurs qui m’emmenait moi aussi dans des rêves dorés où tout était calme, reposé, et où plus rien ne comptait, que l’envie de voler…

Les jours d’après…

mer1.png

Nous étions logés dans un endroit magique, quelque chose d’incroyablement beau et reposant… Je profitais de chaque instant face à la mer, entre le granit rose, le cri des cormorans et les sourires de mon petit Antoine qui faisait ses premiers pas sur cette terre de marins… Mathilde avait ses cartiers dans la maison et je me gardais bien de venir la déranger. Elle sortait souvent rejoindre ses amis à Lannion là où elle était élève en seconde. Nous ne nous voyions que rarement et je me rendais compte que nos vies ne se mélangeaient pas vraiment, elle vivait sa jeunesse et moi j’étais déjà rentrée un peu précipitamment dans le monde des adultes… Garance quand à elle avait fait le choix de s’installer à Guingamp, elle y avait son appartement et nous rejoignait le w-end lorsqu’elle n’avait pas trop de devoirs ni de soirées de prévues. La maison était donc animées surtout le w-end, lorsque Garance et Thomas nous y retrouvaient. Louise était à Paris et devait se fiancer prochainement. Arnaud faisait son service militaire dans la marine et avait embarqué pour Djibouti et Camille, elle, était restée loin, trop loin, se préservant de tout rapprochement familial, sauf peut être, plus tard l’été, pour profiter de la mer…

 Thomas était à Rennes depuis le mois de septembre où il suivait des études de Philosophie. Il me revent alors à l’esprit son parcours hors norme et sa passion du temps et des choses. Il avait ce petit quelque chose en plus, cette façon de questionner le monde et ses mystères qui en faisait un être à part. Il avait lu beaucoup de livres et essayé de comprendre le sens de la vie. Dieu avait été son premier maître à penser et dans un rêve un matin, quelques mois avant ça, il l’avait suivit, comme l’un de ses apôtres, aveuglément, simplement, et il nous dit au revoir ainsi : « Je vais porter une aube, je suis un pauvre pêcheur qui a besoin de la lumière de Notre Seigneur, … » Il était donc rentré dans un monastère où il pensait que peut être, là, derrière ses murs érigés pour Dieu, il trouverait les réponses à ses questions existentielles et passionnelles…

 Je ne garde que très peu de souvenirs de cet endroit où nous sommes allés le voir qu’une fois. Ce choix m’avait paru un peu compliqué et surtout bien trop radical pour un jeune homme de 19 ans. Mais nous avions reçu de nos parents l’éducation qui pousse à se poser cette question de la vocation religieuse et de ce qu’elle peut apporter. Papa et maman en étaient très heureux et fier, et trouvaient normal, face à leurs convictions et leurs principes religieux, que l’un de leurs enfants se consacre à Dieu. Thomas avait donc prit l’habit et avec, un nom de moine : « François-Vianney » qui lui permettait de faire la part des choses… Quant à moi, ma foi était encore à l’époque, faite de doutes et de craintes en tout genre. Je croyais juste en l’Amour, celui que j’avais lu dans le regard de personnes sincères et d’une générosité incroyable. Je croyais à ce que l’autre peut devenir lorsque Dieu transforme son cœur, il l’avait dit et je le croyais « Aimez vous les uns les autres… Le reste pour moi n’avait que peu d’importance. Thomas n’était resté finalement que 9 mois dans ce « cloître », comme pour y renaître. Il n’y avait pas trouvé ce qu’il cherchait et je ne m’en étais pas étonnée d’avantage, j’avais été heureuse de le retrouver et de pouvoir lui dire ce jour là que je l’aimais. Il avait ainsi, pendant ce temps résolu au silence vécu de grandes choses, des choses profondes et graves, mais pas trouvé son bonheur. Il se cherchait encore et avait, au fond de lui, cet insatiable besoin de découvrir, de connaître et de comprendre les choses. Son choix d’entrer en fac de philo devait donc être la suite logique de son parcours, son chemin vers la vérité ; il y a des gens comme ça, il était de ceux là, et ça le rendait différent, un peu inaccessible…

Me retrouver chez nos parents à ce moment là, me permettait de le découvrir autrement, il profitait aussi d’Antoine, il venait un peu plus souvent depuis quelques semaines, il se préparait à passer son permis de conduire. Je me souviens de soirées à trinquer, à manger des crêpes, à jouer au Trivial Poursuite, de fou-rire et de questions abracadabrantes sur le pourquoi du comment de « nous »… Moi dans tout ça, je ne faisais pas grand-chose, le temps passait bien vite, les différents contacts que j’avais eus sur Rennes n’avaient pas aboutis et je commençais à m’inquiéter de ce contexte un peu bancal qui me faisait rester chez « papa-maman ». Ma place à la maison n’était pas vraiment la mienne, je savais que maman ne supporterai pas la situation très longtemps et les reproches de papa ne m’aidaient pas à rester sereine. Alors ce qui devait arriver arriva… Ce jour là, je me souviens, j’avais repris contact avec mon ancien employeur et appris qu’une place se libérait. Mon choix fût vite fait, je reprendrai le train demain de Rennes, profitant du fait que papa y ramenerai Thomas. Une fois sur place je m’éttait arrangée avec des amis qui acceptaient de me loger avec Antoine. Je serai de nouveau au magasin dès le w-end suivant, j’étais finalement heureuse de cette issue et Camille encore un peu plus. J’avais quitté les plages de la côte de granit rose, les danses des mouettes rieuses dans le ciel d’Automne le vent du large et les embruns…

J’avais dis au revoir, pas adieu, je reviendrai… Bientôt…

Lyon nous revoilà !…

Partir ou pas…

bonheurs.jpg

Papa et Maman s’étaient installés en Bretagne, si loin, trop loin… Mais pour qui ? Je ne pensais pas vraiment à tout ça, je savais seulement que cette distance me pesait et que ma vie avec Antoine n’était plus vraiment la même. Je voyais souvent Camille qui me rappelait mes relations difficiles avec maman, toutes les souffrances qu’il en résultait et ce que cette nouvelle situation permettrait dans l’avenir. Elle me conseillait de me projeter plus loin, d’oublier ce lien paralysant et destructeur, elle avait sans doute raison… Mais sans vraiment savoir pourquoi, quelque chose au fond de moi avait besoin de ça, de ce rôle que je jouais depuis tant d’années et dont j’étais aujourd’hui incapable de me défaire… J’étais conditionnée, façonnée, enfermée dans ce jeux violent, un peu macabre, où les douleurs de ma mère devenaient les mienne, où je savais que j’étais utile et qu’à mon niveau quelque part, je la soulageais. En fait je pensais qu’en ce jeu même un peu dangereux  se situait l’amour qu’elle me portait, et pour moi, seule cette règle comptait. J’avais beau essayer de me convaincre que le meilleur était ailleurs et que tout serai plus simple en restant à Lyon, le choix n’était pas si facile et d’autres paramètres me laissaient deviner que pas loin, bientôt, là, se préparait l’inéluctable, le rapprochement, le retour près de mes parents. J’avais quand même fait la démarche de prendre l’avis d’autres personnes, de faire des colonnes, de questionner mes amis, et puis l’insistance de Louise me fit trouver les mots qu’ils convenaient d’ajouter à tout ça : « tu as besoin d’eux et Antoine aussi, tu sais que c’est mieux pour tout le monde alors fais le ! … » Je reconnaissais dans sa voix cette façon de diriger, de gérer et de donner le rythme, celui de l’ainée, celle qui savait et qui dominait, bref, comment dire « non » ? C’est ainsi que je quittais Lyon, c’était au mois d’octobre, Antoine était encore si petit. Camille m’avait fait part de son étonnement face à ce choix un peu rapide, elle savait, elle, et moi je ne regardais pas encore où il fallait, j’étais juste heureuse de satisfaire l’envie de mes parents, ils auraient Antoine, là pas loin, et un regard plus proche, une main mise sur mes agissements, tout était comme elle l’avait manigancé, son souhait allait se réaliser… je serai de nouveau à sa merci… « Maman, me voici… »

J’avais quitté la boutique en expliquant mon rapprochement familial, laissé le foyer où l’on m’avait tant donné, dit au revoir à ceux qui comprenaient, et puis laissé quelques affaires pour prendre juste le nécessaire…

J’étais arrivée tard ce soir là à la gare de Guingamp, papa était venu me chercher et me racontait les dernières joies qu’Antoine prodiguaient dans leur vie… Nous avions passé le port de Perros-Guirec, tourné à droite au Rusquet puis longé la mer jusqu’à Louannec. La mer était sombre, et la lune jouait avec les nuages, je savais que je ne verrai mon fils que le lendemain. La maison était en pierre, des gros blocs de granit rose que le soleil, quand il apparaissait, faisait scintiller. Elle ne ressemblait à rien de ce que je connaissais alors. Elle surplombait la mer, se tenait là, longue et tranquille, entourée d’hortensias que la terre colorait au gré de ses envies. Il y avait une terrasse de pavés où trônait un salon de jardin en thèque juste devant la bais vitrée qui s’ouvrait sur le salon. Et puis là, juste au bout de l’allée de graviers, comme dans les films ou les publicités des agences de voyages, se découpait un rectangle bleu turquoise, offrant derrière, avec une vue mer à couper le souffle une annexe faite des même pierres brillantes, réchauffée sur l’aile gauche d’un sauna s’il vous plait… Le jardin était en pente, il rejoignait une plage de galets et faisait de cet endroit le plus beau que  mes yeux n’est pu voir jusqu’à ce jour… Mes parents vivaient là dans ce paysage féérique et je débarquais à mon tour, quelques valises à la main espérant bientôt être adoptée de cette terre bretonne que mon cœur avait choisit, et qui me ressemblait là, tout bas…

« Granit rose, Hortensias, macareux, galets, mouettes et oiseaux rieurs, océan, déferlantes, embruns, mes mers, mon fils, me voici… »

J’avais franchis le seuil de la lourde porte en chêne vernis que maman venait d’ouvrir, elle m’embrassa et m’invita à la suivre à l’étage où une chambre m’attendait. J’avais déposé mes valises et mon manteau puis rejoins les autres dans la cuisine. La table avait été dressée et déjà Mathilde et papa y échangeaient une discussion passionnée. J’avais faim, et j’étais fatiguée, j’espérais le jour suivant avec impatience, serrer mon petit Antoine dans mes bras était mon unique espérance. Je regardais mon père, je regardais ma mère, je pensais à Camille et je me demandais si ma place était bien là, qu’allais-je devenir ?…

Comment savoir…

feuillesr.jpg

Je vivais depuis quelques temps une relation désordonnée avec un jeune homme que j’avais rencontré un soir, lors d’une virée en « boîte ». Je l’avais déjà croisé plusieurs fois chez une amie que nous avions en commun. Il s’appelait Bilal, il était musulman, et m’avait fait poser de nombreuses questions sur ma religion. Je découvrais d’autres meurs, d’autres pratiques religieuses, d’autres façons d’aimer Dieu et la joie qu’apporte le fait d’être appréciée… Je ne comprenais pas bien les sentiments qui me traversaient. En fait je m’étonnais de son regard sur moi, du fait qu’il puisse me dire « je t’aime », ou qu’il me trouve jolie. Je savais que cette histoire ne durerait pas, on se voyait peu, et je savais qu’un avenir tout tracé l’attendait quelque part comme il me l’avait expliqué. Je faisais toujours en sorte de pouvoir repousser le moment « ultime » où nous aurions à rendre notre relation plus intime. Cet instant ou je m’offrirai à son corps, cette folie humaine qui fait que l’on se donne corps et âme, ce poids aussi, puisque je ne vivais cette expérience que dans mes rêves les plus enfouis, ceux que je préférais ignorer. Julien avait été mon premier et mon dernier « rapport humain amoureux » et le souvenir que j’en avais était douloureux et intense. Il me rappelait mon devoir, ma vie, mon fils et tout ce que cela avait fait de mon existence jusqu’à ce jour. Alors j’avais essayé d’oublier, de redessiner ma romance avec lui, de m’inventer une autre vie… Mais la réalité me rattrapait souvent, d’autant que je ne souhaitais pas la fuir, j’apprenais à l’accepter, avec au fond de moi un regard sur les hommes bien différent de ce que j’avais pu rêver étant enfant, et aussi un reflet de moi-même qui restait très étonnament désarmé devant ces liens si particuliers entre un homme et une femme.

Je trouvais Bilal beau et sympathique, il me faisait rire aussi, mais je ne ressentais pas la fièvre monter à son contact, je n’avais pas d’émotion dans la voix quand je lui parlais, et ses baisers ne provoquaient aucune palpitation cardiaque… Mais sa gentillesse et ses attentions suffirent à me laisser convaincre. Il avait prévu de rester ce soir là, un de ces samedi où il venait me rejoindre à la sortie du magasin, je n’avais pas Antoine et la soirée s’était prolongée jusqu’au matin. Je ne regrettais rien sauf de savoir que mes sentiment ne suivaient pas mes gestes, il m’avait appris une autre façon de dire et de donner, j’avais eu peur et puis finalement le fait de savoir qu’il me quitterai bientôt me laissait prendre les choses avec légèreté…  C’est ainsi que je devins volage, légère et simple dans mes relations. Je ne demandais rien, on prenait, et j’essayais d’apprendre dans chaque rencontre ce que j’avais pu être et comment on avait pu me dire autant de fois « je t’aime » alors que pas une fois ma bouche n’avait pu le dire, le murmurer, le crier ou le chanter… L’unique amour que je ressentais, le seul sentiment qui me procurait un bonheur intense était cet extraordinaire lien qui m’unissait à Antoine, j’existais par lui et avec lui, et j’aurai pu lui crier « je t’aime » à chaque minute de nos moments passés ensemble. Mais je savais au fond de moi que quelque chose empêchait l’équilibre nécessaire à nos deux vies et je le cherchais ainsi, aux travers de mes relations sentimentales éphémères et chaotiques, puis encore plus instable le jour où mes parents m’annoncèrent qu’ils quittaient la région lyonnaise pour la Bretagne…

Camille avait trouvé cette nouvelle salutaire pour elle et pensait qu’elle le serait aussi pour moi, mais c’était ignorer mon état, cette partie de moi encore ligotée, ce cordon impossible à rompre… Maman allait vivre à 800 kms de moi, de mes craintes, de mes peurs, de mes angoisses et de tout ce qui faisait que j’étais si effrayée de mon Moi, avec si peu de confiance, si peu d’estime et pourtant tant à donner…

Des refrains…

Ma vie Lyonnaise était rythmée par mon travail à la boutique et mon rôle de maman que j’apprenais à jouer au fil des jours pour donner le meilleur de moi même à mon petit Antoine malgré mon jeune âge et mon peu d’expérience de la vie… J’avais encore tant besoin d’apprendre qui j’étais vraiment pour avoir confiance en moi. Mes allées et venues chez mes parents ne m’aidaient pas dans ce sens là et je le ressentais au fond de moi lors de mes retours à la réalité et aux paroles rassurantes de ma sœur que j’avais la chance d’avoir près de moi. Camille et Maxime habitaient Lyon eux aussi et avaient mis au monde ce mois de septembre 1995, leur fils, Lucas. Nous avions ainsi toutes deux une nouvelle vie qui se dessinait devant nous avec, dans les bras, toutes les joies du monde illuminées par le regard de nos enfants. Je découvrais ainsi, grâce à nos conversations et à notre besoin de comprendre nos vies à ce moment là, que Camille avait analysé les choses bien au-delà de ce que j’avais pu imaginer. Sa vie aux côtés de Maxime et son choix de prendre le recule nécessaire quant à sa relation avec papa et maman lui donnait une assurance toute naturelle, et dans son attitude une force constructive que je lui enviais. Nous nous retrouvions souvent chez elle avec nos enfants autour d’un café, ou un après midi au parc ; et son soutien au cœur de ma relation fusionnelle avec maman m’aidait à mettre des mots sur les blessures du passé. J’arrivais ainsi à accepter doucement que je n’étais pas forcément celle que je croyais être. Mais les liens que maman avaient tissés entre nous étaient au-delà de ce qu’elle pouvait imaginer. J’étais loin de pouvoir m’en défaire et de fermer les yeux sur notre histoire comme Camille le souhaitait. Il y avait encore malgré moi, ce poids, cette culpabilité permanente, son regard sur moi, ce pauvre moi qui ne pensais qu’à lui plaire, malgré tout…

Le lien avait bien sûr évolué parce qu’Antoine nous y avait rejoint et j’espérais parfois pouvoir le faire grandir encore, mais rien n’y faisait, l’emprise de maman était bien trop forte, je capitulais à chaque fois. Même ce jour où sa colère éclatât une nouvelle fois mais devant mon fils, les rôles alors s’étaient inversés et je redevenais une petite fille à qui l’on fait la leçon. J’avais honte, j’avais peur et la haine qu’engendrait ces situations renforçait un peu plus ce lien. Mais ce jour là, j’avais fuis… Un moment de lucidité peut être, me voir là devant Antoine, si faible devant elle, si rien, si peu… J’avais cru pouvoir être assez forte, pouvoir comme Camille trouver ma liberté au loin. Mais je n’avais pas sa vie, ni son existence passé, ni son présent avec Maxime et Lucas, ni sa volonté de vouloir ignorer ses parents ou tout du moins leur façon de penser. J’avais  juste dis « je pars » et emmené Antoine avec moi. Un arrêt maladie, m’avais permis de faire une pause sans imaginer que la rupture créerait un manque. Un manque viscéral, quelque chose de dur, de froid et de profond. L’absence, la distance, et cette conviction, cette lancinante complainte au fond de moi qui me murmurait et me ressassait mes fautes… J’avais créé le chaos, déshonoré mes parents, mea culpa, mea maxima culpa, encore et encore,… Ce poids écrasait tout, le regard et les gestes de maman multipliaient les couplets et l’idée que peut être tout cela n’avait aucun sens s’effaçait doucement de mes pensés, j’oubliais que peut être j’avais droit à un autre regard sur moi.

 Maman avait raison, et je devais être là, près d’elle, soumise ; pour entendre encore et encore la complainte froide et triste qui décrivait ma vie, mon moi, mes erreurs, dans cette voix, celle qui pourtant m’avait donné la vie. Alors je finissais par accepter, comme une enfant, inlassablement j’obéissais aux décisions que prenaient mes parents pour planifier ma vie et celle d’Antoine… Et j’y mêlais mes aventures, celles que mon cœur s’octroyait, comme une bouffée d’oxygène indispensable au prochain soupir, à ce battement à peine audible qui faisait qu’à certaines heures de « mes vies » je me sentais incroyablement vivante… On m’avait dis : « je t’aime »…

 

Une question de chance…

… Et une vie à 100 à l’heure ! 

J’avais trouvé grâce à quelques relations et ma formation en vente, une place de vendeuse dans la boutique Cyrillus du 6ème arrondissement de Lyon. C’était un magasin chic et bourgeois, et lors de mes années passées là bas le concept était encore très BCBG. La marque était reconnaissable par son enseigne verte et blanche, avec pour cigle, la chaise de jardin d’un blanc impeccable et la belle boule de buis, presque parfaite comme tout ce qui rentrait dans cet endroit (ou du moins le pensait très fort…) On y venait en famille, à 4, 5 ou 6, bref, ici défilaient les belles familles « catho-chiques » des quartiers huppés de ma ville d’adoption. Ils étaient toujours impeccables, cirés, vernis, et tirés à quatre épingles, et aussi s’appelaient toujours avec les prénoms qui allaient avec les chaussures qu’ils portaient : les babies pour les filles et les mocassins pour les garçons : « Charlotte et Louise dites merci à la dame…, Paul-André va chercher ton frère et dites au revoir poliment s’il vous plaît… »  Les mères de famille nombreuses se retrouvaient pour parler des préparatifs du prochain camp scout et des dernières vacances à La Baule les Pins avec Bonne Maman : ambiance « la vie n’est pas un long fleuve tranquille » garantie ! Mais je n’étais pas vraiment dépaysée et cela m’amusait parfois beaucoup. J’étais surtout heureuse de travailler là malgré le fait que ma situation personnelle aurait pu me permettre de rester chez moi grâce aux allocations et autres aides accordées aux familles monoparentales. C’était un constat, je vivais differemment, je n’étais pas « normal » comme « ils » disaient… Je me serai sentis encore plus « assistée » alors, et pas qu’un peu si j’avais profitez de ma situation et de tout ce qu’elle offrait sans rien faire !… La chance, et donc la mienne, faisait que mon éducation m’avait permis de retenir certaines valeurs et notamment celle du  Travail. J’avais retenue en effet quelques bribes des interminables discours de papa sur la question et je voyais donc les choses un peu comme ça. Je ne pouvais le renier et le travail ne remplaçait rien, il fallait ça pour vivre : travailler, gagner sa vie et au final, j’étais plutôt satisfaite de me dire que le dernier plein de courses que je venais de régler étaient là grâce à mon salaire. Le reste n’avait que peu d’importance, je trouvais que j’avais beaucoup de chance d’autant que les filles qui partageaient avec moi le foyer « mère de miséricorde », n’avaient souvent ni emploi, ni famille, ni amis. Ma vie donc, ressemblait assez à toutes celles des mères qui travaillent, bref, un peu comme ça : le matin c’était la course… Antoine buvait son biberon de chocolat dans son transat le temps que je me prépare, puis je filais le déposer chez Gloria, ma voisine du dessous, qui avait elle deux bout’ chou ; ensuite, je courais jusqu’au bus qui me déposait pas trop loin de l’Auto-école où j’espérais cette fois ci, décrocher mon permis… Je « roulais » deux heures, puis rentrais, profitais encore un peu de mon bébé, montais avec lui chez nous et l’y laissais avec Gloria et ses enfants pour ressortir prendre le bus puis le métro. J’avais choisit de faire garder Antoine de cette façon le temps d’avoir une place en crèche, ce que j’obtins quinze jours après suite à mon CDI à la boutique. Je finissais tard le soir et le temps me manquait pour pouvoir profiter comme je le souhaitais de mon fils. Les journées passaient vite, bien trop vite. J’essayais de relativiser mes absences et les moments où je le déposais à la crèche, ce lieu si impersonnel et bruyant. Je n’aimais pas le laisser, c’était toujours très difficile. Je le déposais dans son cosy au milieu de la pièce déjà bien rempli d’enfants entre 3mois et 3ans, certains pleuraient, d’autres chantaient, il y avait différents ateliers, des jouets sur le sol, et beaucoup de bruit… Ses grands yeux noirs regardaient tout autour, je ne pouvais pas deviner vraiment ses pensées à ce moment là, j’essayais d’imaginer, j’espérais qu’il s’y sente bien, que ses journées se passaient bien, il me manquait tant une fois la porte fermée, de l’autre côté de la rue, puis sur les trottoirs, dans le bus, le métro, au magasin… « Bonjour madame, puis je vous renseigner ? Vous cherchez quelque chose en particulier ? Une taille peut être ? …..Oui bien sûr, il faut essayer, un ourlet, une chemise assortie ?, la ceinture bien sûr…  Vous avez la carte de fidélité ? Je vous commande le catalogue ?… 

Mes journées sans lui, travailler, ne plus penser, oublier… Il y avait ça et puis le reste ; se souvenir et savoir, puis comprendre qu’en fait tout était là, qu’il faut faire les choses pour lesquelles nous sommes fait et ne pas courir après d’autres en permanence… Mais à ce moment de mon existence, j’étais bien loin d’imaginer ma vie autrement que comme je la rêvais, l’insouciance parfois prenait les devants, et ma vie restait tracée, organisée,… J’étais encore liée aux lettres de noblesse qui collaient à la peau de mon père, à tout l’univers parental moulé dans un étau… 

Puis arrivait le vendredi soir. Mes parents venaient  après mon travail pour prendre Antoine le temps du week-end car je travaillais le samedi. La séparation était difficile, j’avais le cœur brisé à chaque fois… Mais je voyais ça aussi comme une chance je savais que mon fils était bien entouré, et même choyé. Je pensais que c’était la meilleure solution, c’était bien pour lui, l’important résidait uniquement dans cette pensée ; mon bébé, n’était pas moi, et lui était aimé de mes parents, une sacrée chance… 

123456...9

Auteur

Laura L.

© 2019

Archives

Messagerie

Vous devez être connecté à votre compte pour me contacter

Dans vos silences…


Français sans fautes |
le livre du loup |
euh....vraiment n'importe q... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Et toi tu lis quoi ?
| Mes Créations Cya
| l esprit des anges