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Et si j’avais rêvé…

rêver

Oui, je croyais en nous, en l’Amour, à nos lendemains, à ce que notre histoire allait pouvoir raconter jour après jour, ensemble et pour longtemps…
Mais l’espérance ne suffit pas toujours, elle aide pour les jours suivants, mais dans l’instant, là, en attendant ?…
Le silence et l’attente faisait de ce soir là une autre peine, un autre désenchantement. J’avais froid de ne savoir pourquoi, j’avais froid parce qu’il n’était pas là, et surtout ce soir là. Un soir pourtant comme un autre, un samedi où l’on avait encore une fois entendu la veille avant qu’il ne parte travailler, un rapide « je suis charrette ce week-end !… », cette phrase qui signifie tout et rien à la fois, une espèce d’excuse sans fond, la nuit aussi ? Évidement… A l’entendre il était le seul homme sur terre à travailler, sans lui la boîte ne pouvait pas fonctionner, lui, avait un vrai job, un travail où il faut penser et réfléchir, un travail bien plus qu’ailleurs. Oui, Paul était… quoi en fait ? Et bien un informaticien dans une boîte d’archi, qui lui demandait le travail de 4 personnes, bref, il ne lui restait que très peu de temps à consacrer à sa famille… Je comprenais qu’à moitié mais il fallait que je me contente de ses explications, de ses raisons à lui, celles qui lui permettaient de s’échapper encore un peu plus loin.
Et ce soir là avait éteint quelque chose en moi, j’avais eu peur cette nuit là, je crois pour de vrai et pour la première foi à ce point. Antoine m’avait demandé alors que nous avions déjà dîner et que nous regardions un film si son «papa» allait rentrer. Mais je ne savais pas répondre. Je ne répondrai d’ailleurs plus à cette question à l’avenir, elle n’existe pas puisqu’elle n’a pas de réponse. On espère, et puis on souffre, alors on oublie, on essaye de s’imaginer une autre vie, une vie comme il disait où il aurait été ingénieur sur une plate forme pétrolière ou bien marin, ou je ne sais quel métier qui lui aurai valu d’être absent, « Tu sais, si j’avais été…
Et ce soir là, je l’attendais encore, mon bébé remuait doucement en moi et devait ressentir mon anxiété. Antoine s’était fait une raison, et j’étais allée le border. Il était déjà tard, « bonne nuit mon chéri, fais de beaux rêves… J’étais ensuite retournée au salon après m’être fait un café. Je zappais sur les chaînes jusqu’à retrouver le visage d’Ardisson pour me changer les idées en écoutant ses pitchs sarcastiques : avec lui j’arrivais à sourire. Les heures passaient, j’étais fatiguée et mon ventre rond pesait sur mes jambes gonflées. J’avais rejoins ma chambre et mon matelas à même le sol qui nous servait de lit, enfin plus souvent à moi qu’à lui, qu’à nous…
J’avais laissé une assiette à son attention dans le réfrigérateur. J’avais imaginé Paul rentré, j’aurai aimé qu’il soit déjà là, et j’avais laissé les clés sur la porte d’entrée sans la verrouiller, il va bientôt rentrer … Oui, bientôt…
Mes paupières s’étaient fermées et je m’étais endormis quand le grincement de la porte me fit sortir de mon sommeil, j’avais le cœur qui battait, quelque chose d’inhabituel se passait, il y avait une atmosphère pesante et je ne reconnaissais rien des habitudes de Paul. J’étais restée dans mon lit, j’étais terrifiée, quelqu’un était dans le salon, mais qui ? Je n’osais pas bouger ; et puis une ombre s’est approchée, elle avait franchit le seuil de la porte de ma chambre et là, juste à côté, dans la pénombre se dessinait une silhouette étrange, quelqu’un que je ne connaissais pas. Le réveil affichait 2h30, je tremblais, je pensais à Antoine à côté, à mon bébé, à nous, à cet instant glaciale où tout mon corps, tétanisé, ne savait comment réagir. J’avais fait le choix de faire comme si, … Comme si Paul était rentré. Je faisais mine de somnoler, de dormir à moitié : «Laisse moi dormir Paul, tu es saoul, va dans le canapé, laisse moi, laisse moi… Une odeur d’alcool et de parfum masculin se mélangeaient, l’homme s’était allongé près de moi, j’étais pétrifiée. J’essayais de respirer lentement, comme endormie. Sa main s’était posée sur mon ventre puis il l’avait retirée rapidement. Il portait une large montre en métal à son poignet. « Laisse moi Paul… je me recroquevillais dans les draps, j’avais si peur…
L’homme eut un sourire, il avait quitté la pièce et je surveillais ses pas. Il était retourné dans le salon, il avait deviné mon état en touchant mon ventre rond, j’essayais de deviner ses intentions,… Je respirai mal, j’écoutais…
Et puis le silence se fit de nouveau, je m’étais assise dans mon lit et attendais pour être sûr que rien ne bouge. J’étais allée voir Antoine dormir, et puis j’avais rejoins le salon en longeant doucement le couloir de la cuisine. Les portes étaient ouvertes et la lumière du salon allumée comme je l’avais laissée. Mon sac gisait sur le canapé ouvert ainsi que mon porte-feuille qui avait été vidé de son contenu. J’étais encore toute tremblante, je ramassais mes affaires et puis me tenais le ventre, les sanglots commencèrent à m’étrangler, je versais des flots de larmes, j’avais regardé sur le balcon, dans les toilettes, dans l’armoire, mon cœur battait à tout rompre. Mais que m’était il arrivé ? J’étais retournée dans mon lit, hébétée. J’avais essayé de joindre Paul, il était 4h du matin et j’étais dans un état second, je pleurais, je n’arrêtais pas de pleurer, je refaisais le scénario dans ma tête tout en me berçant, les genoux dans les bras, essayant de retrouver mon calme et de soulager mes sanglots longs et graves.
Puis, j’avais essayé de joindre Sophie, je lui avais laissé un message. J’avais besoin de parler à quelqu’un et appelais Fabrice. Il avait décroché et il ne comprenait qu’à moitié mon histoire décousue et quelque peu irrationnelle. J’essayais de respirer, je reprenais : «Il est rentré chez nous, j’avais laissé la porte ouverte, j’attendais, enfin je pensais que Paul allait rentrer…
« Laura, calme toi, il faut que tu portes plainte,c’est grave, tu veux que je vienne ? Je lui avais répondu qu’Antoine dormait et que je ne voulais pas l’inquiéter, je laissait passer les heures et puis Sophie m’avait rappelée. Nous avons parlé longtemps, je lui avais raconté, je respirai mieux, mais je ne voulais pas rester plus longtemps à la maison. « Je prépare Antoine, et puis j’arrive ! A tout à l’heure….
j’avais réveillé Antoine et puis préparé quelques affaires, je lui avais dit qu’on allait voir Basile et il était heureux de passer la journée avec lui. J’avais encore le cœur serré et les pensées brumeuses, …
Cet épisode avait creusé une brèche entre Paul et moi, quelque chose de sombre, je n’avais rien oublié je n’avais pas porté plainte, je me rendais compte que j’avais été inconsciente de laisser ma porte ouverte, et puis je n’avais rien dit, pas crié, ni appelé au secours, rien… Juste une peur incontrôlable et cette inconsolable culpabilité mêlée de rancœur.
Paul avait dormi chez je ne sais qui, une fille que je ne connaissait pas, il était grisé, sale et fatigué. Il avait fait évaporer cette histoire qui selon lui n’avait jamais existé  Cette nuit là, j’avais rêvé, j’avais fabulé selon ses termes. Oui, sûrement, je devenais folle, je « rêvais » ma vie au lieu de la vivre, j’avais imaginé de quoi me faire exister, mais surtout de pouvoir faire comprendre à l’homme qui partageait ma vie en fantôme, que son absence et ses silences mettaient en danger notre histoire, notre famille. J’avais raconté ma nuit , je l’avais décortiquée encore et encore, nuit et jour et jusque dans mes pires cauchemars, je l’avait rêvée autrement, et je m’y étais réveillée tremblante et effrayée avec des si, sans fin. J’avais gardé chaque image au fond de moi, et puis toutes les odeurs ; elles resteront gravées en moi, comme toutes ces longues soirées à attendre, comme toutes ses images de moi qui ne sont pas les vraies…
Mais j’avais dis oui, oui à ça aussi, j’espérais malgré tout, je caressais mon ventre et le rassurais, mon enfant, celui de Paul, celui qui allait faire que tout change, enfin peut être… Oui, j’y croyais, j’espérais que son rôle de père puisse l’aider à devenir lui-même, pour que ses nuits sans fin loin de moi cessent, et que nous ayons la possibilité de construire cette famille dont je rêvais depuis si longtemps, ce nous que je voulais partager, devenir femme, la sienne devenir ensemble…

Redevenir Mère…

 

attendre

Cela faisait quelque temps que je réapprenais mon corps, que je savais que quelque chose se produisait en moi, quelque chose de beau, de grand, là, tout bas…
Cela faisait huit ans déjà. Huit ans qu’Antoine grandissait à mes côtés, cahin-caha, comme on pouvait, avec mes doutes, mes incertitudes et ma foi, cette foi en l’autre, en la vie, en l’Amour. J’avais oublié quelque peu comment se passait une nouvelle vie, une vie qui grandissait là, dans ce corps encore si douloureux parfois… Mais il me suffisait de fermer les yeux pour deviner avec joie cet autre cœur battre non loin du mien, ce petit bout de moi qui se préparait doucement à découvrir le monde, à découvrir ma vie et celle que j’avais commencé à reconstruire avec Antoine et Paul… Paul…
Cette joie naissante me permettais d’espérer malgré nos journées sans fin, et puis nos nuits qui parfois ne ressemblaient à rien, juste à un long silence noir et froid, et qui ne faisait que nouer un peu plus ce chagrin m’entraînant parfois à vouloir tout abandonner. Mais j’avais cette force au fond de moi, ce cri que j’avais déjà poussé en ouvrant les yeux sur la vie, ce cri qui ne demandait qu’à vibrer, à se cristalliser pour qu’enfin tout s’apaise, tout s’harmonise.
La vie est un combat, oui, je le sais que trop bien, il faut des armes, et il faut bien les choisir. Moi j’avais celles que mon cœur forgeait jour après jour, mes armes pour toujours, l’espérance et ma résilience, mon amour débordant pour la vie, pour les autres…
Paul ne voyait pas, ne comprenait pas, ne partageait pas. J’avais en ce début septembre, le ventre déjà bien rond, compris qu’il me fallait continuer à travailler, reprendre les choses dans l’ordre et pour combler les vides de nos déboires, trouver des solutions à nos « misères ».
Paul buvait trop, beaucoup trop.
Pour payer le loyer ce mois d’automne pourtant encore si doux, j’avais vendu mes bijoux pour faire que les choses s’aplanissent… Je travaillais en boutique et mes jambes me faisaient souffrir le soir, je rentrai souvent tard et Antoine se calait tant bien que mal sur mon rythme un peu trop soutenu parfois.
Il passait du temps après l’école chez des amis de Mère de miséricorde où il profitait du jardin et de Roumy, le labrador de la maison qu’il affectionnait tout particulièrement. C’était sa bulle à lui, ses moments de joie et de calme où il se sentait bien, heureux.
Nous étions tous les trois bien installés dans un appartement récent et lumineux du cartier Saint Félix. Antoine avait l’école pas loin et le tram juste au bout de la rue ; cette rue si longue certains soirs, ceux où Paul se faisait attendre, ceux qui nous l’enlevait trop souvent et qui me faisait parfois déborder le cœur à en pleurer.
Nous attendions avec Antoine, le nez collé au carreaux trop froids, le retour d’un père, d’un mari, d’un homme que je croyais connaître et qui nous laissait espérer son retour trop longtemps, comme s’il voulait exister ainsi, par son absence, ses errances…
Je partais parfois, l’inquiétude me rongeant. Je laissais Antoine dormir, et puis sortais chercher dans la nuit celui qui devait être depuis longtemps auprès de moi, de nous, dans notre vie, celle qu’on avait tant rêvée.
Mais ses sombres douleurs, comme une ombre sur son passé le faisait devenir un autre, un verre à la main et les mots sans fin, imbuvables et de plus en plus incompréhensibles au fur et à mesure des gorgées de bière qui désaltéraient ses entrailles meurtris et assoiffées de tout, de rien, juste de ne plus savoir d’où il venait.
Alors parfois, je le retrouvais, riant ou déblatérant sur l’économie actuelle ou bien les dernières découvertes en physique et mathématique. Il avait l’air perdu, il devenait celui qui voulait oublier ce qu’il savait, oublier les bêtises humaines et les secrets de l’univers, il voulait oublier et tout savoir à la fois, il avait surtout oublié que j’existais, que je l’attendais que je n’étais pas seule et que sans lui, mon histoire n’avait pas de sens…
Je le ramenais alors chez nous réchauffais une énième fois son dîner, et je le laissais dessaouler devant son repas fumant, devant cette assiette sans plus aucune saveur où sa tête trop lourde tombait comme un autre met en sauce… un bien triste tableau…

Mais j’espérai encore et toujours, je caressais mon ventre : demain sera plus beau, demain il comprendra que la vie est ailleurs, là pas loin, quand on aime on peut tout… Quand on aime et que l’on est aimé, alors on ne souffre plus, enfin, je le pensais, si fort… 

En musique…

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J’avais donc dit oui, et après… Une page se tournait, j’allais devenir une autre ou moi même, enfin, quelque chose comme ça… Cette femme que je dois devenir un peu plus chaque jour, un peu plus elle, celle que je devine, celle qui sera moi, demain… Demain, madame untel, ou «la femme de» je ne sais pas trop comment les gens m’appelleront désormais, je ne sais d’ailleurs pas qui je suis vraiment… Je ne serai juste plus seule chez moi, dans mon lit, dans ma vie, avec Antoine… Je serai avec eux deux, avec lui, un peu, et puis ensemble ; tous les trois. J’avais envie d’y croire et puis je me sentais si forte, je pensais être celle qui ferai de lui un homme, celui qui devait devenir à nos côtés, debout, fier, et là, quoiqu’il arrive… Antoine ne le voyait que très peu. Le métier de Paul l’obligeait à rentrer tard, à y passer ses week-end, à nous oublier parfois… Il y avait aussi sa guitare, celle qui l’emmenait dans les bars le soir, celle qui parfois me faisait ne plus l’aimer, me perdre dans des silences amers, parce que sa passion était un art, un droit, une autre vie, un haut delà, une musique… Mais ce n’était pas tant cet objet à cordes métalliques qui me déplaisait, ni les sons qu’il en laissait s’échapper, mais ce qu’elle provoquait en lui pour jouer plus vite, encore plus loin…, bref, pour qu’il existe encore un peu plus à ce moment là, un peu plus fort aussi. Comme s’il était ailleurs, peut être même une star ou quelqu’un d’autre, quelque chose qui n’existe pas, là, dans ces instants là. Il boit alors comme il joue. Il aime s’imaginer grandir devant son public, il prend confiance en lui, il sait qu’il jouera encore bien mieux. Les verres vont, avec le temps, s’empiler, puis sa vue va se brouiller, il aura encore soif, il pensera à nous, là bas. Et puis à moi qui l’attend déjà depuis trop longtemps. A cet instant, sa nuit est déjà bien écourtée, elle est tout noire, elle l’a emporté. Elle me l’enlève, elle le prend en otage, l’enferme dans son monde, son espace temps, sans compter le mien, non, ça, jamais. Son monde s’appelle «l’oubli» Il faut qu’il oublie qu’il pense, que je l’attends, que la terre tourne et qu’il est tard, très tard. Que les choses sont ainsi et parfois autrement quand il les analyse, qu’il oublie tout ça et puis ce qui le ronge tout bas au fond de lui, ce qui lui fait rester dans la nuit, dans le noir, dans l’oubli, loin de moi… Alors, j’espère, j’attends, un peu, juste ce qu’il faut ; puis je pars à sa recherche. Je fais la tournée des bars, je l’espère, je guette sa silhouette imbibée, je refais le chemin à l’envers… Sa faiblesse me touche, me fascine, et dans les rues sombres et froides je cherche mon autre, celui à qui bientôt, je dirai «Oui», et pourrai  lui annoncer que là, tout au fond de moi grandit l’amour que je lui porte. Il est vraiment encore tout petit, mais bien là son enfant, ce bout de nous. Oui, il est là, ainsi que mon envie de crier son nom, celui de son père et de le voir devant moi pour qu’il sache que bientôt, nous serons quatre. Je vais alors errer encore en peu, le retrouver, lui demander de rentrer. Mais il n’écoute que lui, il rit il est ivre. Je n’y pense plus à cet instant, l’important est qu’il soit là, près de moi, et qu’il permette ce nous en devenir… Je lui souri et prends sa main froide. Je vois que son regard à changé et qu’il ne me voit pas vraiment, l’alcool déforme ceux qui s’en abreuvent et leur font voir les choses comme ils voudraient qu’elles soient, c’est tellement plus simple parfois. Il attend alors que je luis montre le chemin, il sait qu’il faudra patienter jusqu’à demain et puis croire qu’un nouveau jour va se lever, une belle journée. Oui, un autre jour se lève, j’ai quelque chose à lui annoncer, quelque chose à partager. Je voudrai tant qu’à cet instant il entende tout ça, qu’il sache que demain sera différent pour toujours ; demain, il sera père pour la première fois, il l’est déjà mais ne le sait pas, je lui dirai, demain, oui demain quand son regard aura croisé de nouveau le mien et que c’est lui qui prendra ma main.

Lui, moi, nous…

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J’avais rencontré ceux qui partageaient ma vie à présent, ceux qui rendaient mes jours plus brillants, comme quand on attend longtemps ce que l’on voudrait garder toute se vie, une vie, une aventure, un chemin, là, devant… Antoine passait son année scolaire sans encombre. Il y avait ses amis, son sourire magique, son Papily qu’il continuait à voir régulièrement ainsi que sa grand-mère et la mer… Et puis il y eu cette rencontre, leur rencontre. Paul parfois lui prenait la main, lui parlait de tout de rien, il lui expliquait son travail, sa musique. Antoine l’aimait bien, oui, juste ça, bien. Moi je le regardais comme un individu étrange, quelqu’un de passionnant, passionné et abîmé. Usé même parfois, par une vie trop consistante, trop intense, trop lourde de ce besoin de tout comprendre… Il me faisait le regarder comme un sage, il m’apprenait d’ailleurs à l’être. Il me faisait connaître une partie de moi même que je ne soupçonnais même pas. Cette envie d’infini malgré mon peu de savoir acquis ; j’avais une vision de moi-même déformée par des années de dévalorisation, et cette image de moi reflétait ma façon d’être, de penser et de voir. J’avais peur de moi et de ce que je pouvais devenir, j’avais peur du vide et de tout ce que je pouvais dire, imaginer et faire… Jusqu’à ce jour où Paul me laissa un message sur mon téléphone, quelque chose se passait, je ne savais pas encore quoi, juste qu’il arrivait là, chez moi, qu’il était en route et qu’il devait me voir vite…
Ce sms m’inquiétait, je ne comprenais pas ce qu’il signifiait, il me laissait juste pensive, et c’est alors que la dernière nuit passée dans ses bras me revint. Elle se redessinait devant moi comme une scène de cinéma, j’avais pourtant gardé les yeux ouverts… Il faisait chaud et il avait déjà mangé mes lèvres plusieurs fois, nous avions regardé un film ce soir là, un film de Tati, Trafic. Un film à lui, un de ces classiques qu’il m’a apprit à aimer, un style qui lui ressemble, une époque qu’il aurait voulu traverser. Je voulais comprendre, et j’entrais alors comme je pouvais dans son univers, petit à petit, doucement tout contre lui… J’aimais qu’il me parle, j’aimais sa façon d’expliquer les choses et de transmettre ses passions, il avait alors les yeux brillants, je les avais vu si près ce soir là. Ses paupières s’étaient fermées, il m’avait embrassée puis renversée doucement sur le canapé, je sentais ses mains moites courir partout, il m’avait enlevé ma chemise et puis défait la ceinture de mon jean trop serré. Il m’avait dit en rouvrant les yeux, terminant de me dévêtir «tu es belle»…
Je respirai mal, mais j’avais le sentiment d’être là où je devais, là entre les bras de celui que j’avais choisit pour croire en moi, celui qui me dira un jour «oui» celui qui me disait à ce moment là que c’était bon… Oui, c’était peut être bon, surtout un peu trop vite, trop peu romantique et encore moins tendre. Je me disais alors que l’on avait le temps de nous apprendre, de nous découvrir autrement, mais son odeur ne m’aidait pas à rassurer mes douleurs, la chaleur faisait transpirer sa peau qui déversait des vapeurs d’alcool et me donnait mal au cœur comme si chaque va et viens en moi avait créé des rumeurs, je me posais mille questions au lieu de vivre l’instant présent, ce moment intense où nos deux corps jouaient en silence, comme si nos pensées avaient quitté la pièce et que nous ne formions plus qu’un corps cherchant à donner sans que rien ne se passe vraiment… Nous nous étions retrouvés en sueur et haletants sur le tapis devant le petit écran, il m’avait embrasser sur le front et puis s’était levé… Et puis j’étais revenue à moi, dans ma cuisine fumant une cigarette, là où mon esprit avait vagabondé le temps de revivre cette scène à ma façon, devinant nos corps nus et pudiques, nos baisers malhabiles, et nos mots hésitants, comme des enfants… Soudain j’avais sursauté, on avait sonné à la porte et Paul était là, devant moi, le sourire aux lèvres, l’œil hagard, et la silhouette défaite, comme quand il a bu, comme quand ses mots dépassent sa pensée… Bref, quand sa raison commence à s’estomper. Il n’arrivait pas à aligner les phrases, je ne comprenais pas, il me suivit dans la cuisine où je finissait de consumer ma blonde… «Je t’aime Laura, tu sais, c’est vraiment pas des conneries, enfin, c’est… Il avait du mal à trouver ses mots, il titubait, il souriait. Et puis il appuya sa main sur la table et s’agenouilla devant moi. «Mais qu’est-ce-que tu fais? T’es fou?» Je tenais sa main, «Oui, je t’aime. Laura est-ce-que tu veux m’épouser?… Je n’arrivais pas vraiment à comprendre ce que je vivais, cet instant me paru une éternité, ma vue s’était brouillée et je sentais des larmes couler le long de mes joues. Paul se releva, il m’avait dit qu’il était heureux et puis aussi qu’il reviendrait ce soir, j’avais dit «oui» et je le regardais repartir d’un pas hésitant, il ne marchait pas droit et finalement trébucha sur le trottoir «Paul, mon Dieu mais qu’est-ce que… Il s’était déjà relevé et me faisait signe de la main. Ce jour là me laissait avec des larmes mais pas de celles que je connaissais, quelque chose de différent, quelque chose d’en dehors du temps et qui me donnait cette folle envie de crier, de rire, de pleurer, de voler!…
Je ne revis pas Paul ce soir là, et je l’avais deviné en le regardant s’évanouir dans la rue, titubant, déjà bien imbibé. Il lui fallait terminer de s’égarer l’esprit avant de trop penser, il avait fait quelque chose d’incroyable et de tellement inhabituel… Il devait oublier, noyer sa raison; jusqu’à demain, jusqu’à ce que ses souvenirs se mêlent à sa journée, à ses heures de bureaux, à ses cigarettes consumées sans fin, à ses accords de guitare, à moi, enfin, parce que je faisais partie de sa vie à présent, et je l’espérais encore pour longtemps…

Ensemble

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Le jour où j’avais rencontré le père de Paul me ramena à notre premier baiser, notre première nuit à nous aimer vraiment, à nous raconter nos vies, nos premières soirées en tête à tête, nos journées à rêver… Ce jour où j’avais espérer entendre Paul me dire qu’il m’aimait, ces mots que j’avais entendu dire de nombreuses fois par des personnes sans importance, par des gens de passage, par ceux qui ne savaient pas, ne comprenaient pas mon existence, mes troubles, mes peurs, ne me connaissaient pas, ou si peu. Ce jour où sur la pointe des pieds, je lui avais sur les lèvres déposé un baiser. Nous avions pris ce jour là, le temps de nous regarder, de nous prendre la main et puis de goûter à nos lèvres, à nos langues mouillées et douces qui dans une danse exquise se caressaient. J’avais souri et puis m’étais laissée aller contre sa poitrine, je voulais qu’il m’y serre fort et puis qu’il me dise que plus rien ne pourrai plus jamais me faire peur, plus rien, ni personne me faire souffrir. Je me croyais dans les bras de l’homme de mes rêves, de celui qui allait guérir en moi toutes mes blessures, faire de ma vie un arc-en-ciel de belles choses, une vie pleine de petits et de grands bonheurs à savourer, une vie à construire. J’écoutais cet autre cœur battre avec le mien, un peu plus fort parce que dans un moment de plaisir intense partagé, mais aussi dans un moment à penser rien qu’à nous, comme suspendu par quelque chose d’invisible et venant d’ailleurs, comme un souffle sur nos vies, ce «nous» qui naissait là dans cette intimité grandissante. Quand je vis Bertrand pour la première fois, je pensais naturellement à la ressemblance frappante avec son fils ; ses longues jambes un peu arquées, cette posture un peu maladroite qui lui faisait tenir le ventre en avant, et ce regard… Ses yeux étaient pourtant clairs contrairement à ceux de Paul. Un gris bleu un peu fade, un peu brumeux, mais un regard profond et délicat, comme rempli de mille et une choses encore à voir et à comprendre, comme décortiquant chaque objet, chaque personne. Et cette tristesse aussi, comme une habitude, une façon de montrer sa lassitude, son amertume à vivre comme il était, là où il était. Il avait le teint pâle et les cheveux blancs, il avait l’air de ne pas avoir d’âge, il était pour moi comme un grand sage qui ne savait pas quoi faire de tout ce qu’il était, de ce que sa vie était devenue, de ces contraintes qu’impose la vie, la sienne, ses jours et ses nuits. Nous ne l’apercevions que peu quand nous passions à La Monnière, dans leur jolie maison de pierre malheureusement laissée à l’abandon depuis quelques années, depuis ce jour où, insidieusement, Bertrand s’était lentement laissé aller à boire pour oublier, à boire pour laisser passer les années  en les anesthésiants, en faisant du reste de sa vie un long fleuve terne et malheureux, oublier, juste ça, oublier, penser, et puis oublier… Je reconnaissais dans ça façon d’être et de voir les choses, celle de Paul, cette petite touche ironique, parfois tendre souvent sarcastique, cette façon de parler des fais divers, de la politique ou du réchauffement climatique, j’avais parfois l’impression qu’ils se donnaient la réplique, comme dans les films des années 70, ces années qu’ils auraient peut être voulu partager, revivre, ou incarner dans leur existence. Oui, la ressemblance était frappante, il y avait  entre eux beaucoup d’affection je pense mais elle ne se comblait pas, restait entre eux comme un fantôme en errance depuis ce temps où tout avait basculé, ce temps où tout dans cette maison s’était comme fossilisé. Les pièces étaient sombres et poussiéreuses, les meubles s’entassaient un peu comme dans une brocante, et rien ne semblait déranger personne, c’était ainsi, le temps avait prit possession de ce lieu depuis quelques années déjà et ni Alice, ni Bertrand ne songeaient à y changer quoique ce soit. Moi, je venais pour la première fois et étais juste heureuse de découvrir l’endroit où Paul avait passé une partie de son enfance, où il avait passé toute son adolescence et où ses fêlures avaient pris naissance, à la Monnière, chez ses parents, là où ils avaient décidé de s’abandonner au temps qui passe, et faire de leur sombre demeure leur refuge jusqu’à la mort. J’espérais y trouver des trésors, des souvenirs de jours heureux et regardant Basil et Antoine remplir la maison de rires et de cris, me disais qu’un jour peut être la vie nous permettrait de redonner vie à cette maison, à ces gens qui commençaient à prendre place en mon cœur, comme une nouvelle famille, celle que je voulais désormais pour nos lendemains, ensemble, oui, surtout ensemble…

A Paul

A Paul dans vivre entre-2-107x150Antoine profitait de mes journées chez Sophie pour jouer avec Basil, ils s’entendaient bien et leur temps ainsi s’écoulait plus vite plus joyeusement et plus simplement pour tout le monde. On vivait comme on respire, c’était une vie au jour le jour un peu bohème, un peu extravagante, un peu folle, un peu à nous, rien qu’à nous,… Il y avait Paul, sa vie, son boulot, ses nuits, ses ivresses, ses absences ; sa sœur, ses manies, ses envies, ses attentes, son gros ventre ; nos rires, nos enfants, nos partages, nos rêves, et tout ce tourbillon de la vie, de nos vies qui s’emboîtaient, se chevauchaient comme pour vivre encore plus intensément… J’avais rencontré cette semaine là les parents de Paul et Sophie. J’avais d’abord vu Alice, leur mère, une jolie femme dont le temps paraissait ne pas avoir d’emprise sur son visage. Elle avait la peau lisse, sa fille avait hérité de cette chance. Elle avait des cheveux très bruns et beaucoup de douceur dans la voix et dans les gestes. Elle portait un foulard sur sa chevelure et se maquillait juste se qu’il fallait, c’était une belle femme de celles qui ont de l’allure, une certaine classe, une Dame…  Je la trouvait jolie et aimante avec sa fille, je jalousais même ça façon d’être avec elle, je trouvais presque injuste qu’il existe des mères comme ça, des mères qui sont là, présentes et prêtes à rendre service, presque trop là. Mais il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas, ce que l’on sait et puis ce que l’on ne sait pas… Je me faisais mon opinion, et puis il y avait ce que Paul m’avait raconté, ce que je voulais bien croire, et puis, leurs relations. J’avais du mal à comprendre Sophie qui  ne supportait pas, ou si peu, la présence d’Alice malgré tout ce qu’elle pouvait faire pour elle. Sophie n’ayant pas son permis, elle l’emmenait partout, lui faisait ses courses, à manger, prenait soin d’elle, bref, comme une mère… Mais Sophie avait un lien particulier avec celle qui lui avait donné la vie, depuis l’adolescence quelque chose avait changé, elle la mettait à part, la jugeais et lui en voulais de je ne savais quoi encore, comme un poids du passé qui s’éternise et qui prend toute la place. Il empêchait leur lien mère/fille d’exister normalement, il y avait comme un mur entre elles, un mur d’incompréhension, un mur érigé, là, droit et froid comme pour protéger des silences, ceux d’un autre temps, celui qui avait fait de Sophie cette femme d’aujourd’hui, une femme écorchée vive. Ce qui me surprenait le plus était d’entendre Sophie appeler sa mère par son prénom, je ne l’avais jamais entendu dire «maman» ce mot si grand, si plein de tout ce dont on a besoin, pour vivre et pour grandir… Je ne comprenais donc qu’à moitié cette relation difficile, un peu fusionnelle, un peu conflictuelle un peu trop, un peu trop peu, comme leur histoire, comme ce que je vivais, à côté, spectatrice de leurs liens si particuliers, je les regardais s’aimer, se parler, se critiquer, se plaindre, se claquer les portes au nez… Elles étaient presque parfois comme des sœurs, oui, j’avais remarqué comme un lien fraternel entre elles et au milieu, Basil équilibrait l’ensemble, ainsi que Paul lorsqu’il nous honorait de sa présence. Paul avait trouvé sa place, celle qui tempère et qui permet aux tempêtes de s’apaiser ou de tout simplement faire en sorte qu’elles ne restent qu’en pluie fine, ou bien juste en faire une averse, le temps de trouver les bons mots pour alléger les cœurs. Oui, Paul savait toujours quoi dire ou bien quand se taire et avait aussi ce calme incroyable dans ses gestes qui donnait une idée de ce que son esprit pouvait contrôler. Mais je n’étais pas complètement dupe même si parfois c’était plus simple de ne rien voir. Il trouvait lui, le moyen d’évacuer ses peines et ses doutes dans l’alcool, il y avait ses soirées avec son groupe de blues et ses nuits sans sommeil à gratter sa guitare.Il croyait à une fatalité, quelque chose d’inévitable en lui, comme s’il ne pouvait y échapper. Il avait un père, et forcément ce qu’il était pour lui, devait refléter ce qu’il allait devenir, ce qu’il était en fait un peu plus chaque jour, un homme perdu dans des pensés sans nom, comme des livres infinis où tout défile inlassablement. Vertiges d’un homme en devenir, un homme que j’admirai que j’avais séduit et qui faisait pourtant de nos vies des blessures, des écorchures, des errances, des peurs et tellement d’attentes et de craintes. Je savais qu’en rencontrant le père de cet homme qui me touchait par sa personnalité et cette sensibilité si profonde comme submergée par tout le reste, j’aurai ainsi des réponses ; et que je pourrai deviner l’histoire qui avait donné à Paul cette envie de se détruire, de noircir sa vie et de faire souffrir ses proches, sa mère surtout et puis moi, avec le temps, parce que je l’avais choisit, parce que nous allions bientôt unir à jamais nos existences, parce que tout dans nos vies à ce moment là faisait de nous des égarés, et qu’à deux, les douleurs seraient alors moins grandes.

A demain…

A demain... dans vivre dici-150x98

Il y avait donc un nouveau moi, un nouveau chez moi et puis à nouveau des « je t’aime moi non plus… » Je vivais mes relations amoureuses comme on joue aux dés, ou même parfois à pile ou face. Je tombais amoureuse pour rien, ou si peu, et puis tout s’arrêtait. Je fuyais dès que cela devenait trop vrai, trop facile, comme si j’avais commencé à tourner dans un film, je jouais les scènes et puis passais à autre chose. J’attendais je ne savais trop quoi, je rêvais en fait, beaucoup, beaucoup trop même. j’espérai que l’on vienne m’enlever, me défaire de mes angoisses et des souvenirs encore trop présents qui écrasaient mes jours et mes nuits, m’empêchais d’avancer vraiment ; de me lancer, de croire à une belle histoire. Ma vie était chaotique, intense, mais instable, elle me ressemblait ; elle était là où j’en étais dans la connaissance de moi même ; elle courait vers mes lendemains sans s’arrêter, sans vraiment exister… Elle passait, elle me dépassait…
A ce moment dans ma vie, j’avais décidé de reprendre mes études et préparais donc un bac professionnel en alternance entre les cours et l’auto-école. Mais l’ambiance scolaire ne me convenait pas vraiment, s’était tellement loin tout ça… Je ne tins pas longtemps le rythme mais j’avais pu profiter des sorties avec mes camarades de classes et de leur délires d’ados, je pensais que j’avais finalement passé l’âge et je laissais donc tout s’estomper comme s’était venu. J’avais grâce à ça pu me donner une autre opinion de moi-même et c’était déjà bien, je reprendrai plus tard, plus loin, au moment opportun. Patrice était tombé malade à cette époque là et j’avais donc du être plus présente à l’auto-école, j’allais aussi le voir à l’hôpital, il était fatigué. Je me suis rendu compte, suite à cet évènement, que j’avais du mal avec la douleur des autres. Je gérais la mienne avec tellement de dédain que d’entendre une plainte me paressait inconcevable, je le regardais gémir, et cela m’exaspérais, je savais qu’il n’avait pas grand chose, l’opération s’était très bien passée et il sortirait bientôt… Je lui avais dit ce jour là qu’il devrait prendre le temps d’aller voir les cancéreux à l’étage au dessus, qu’ eux avaient le droit de se plaindre, mais pas lui, non, je ne trouvais pas ça normal, je voulais qu’il soit fort, fort pour moi, devant moi. Je ne comprenais pas qu’il puisse être comme ça et que je sois amenée à supporter ça, cette douleur qui lui faisait froncer les sourcils et me prendre la main. Mon Dieu que les hommes sont faibles !! … Je ressassais mes pensées sombres et décidais de revoir ma psychothérapeute, elle me faisait rire, beaucoup, mais me coutait cher, trop cher !! Elle me parlait de PNL et utilisait les mouvements oculaires pour me faire revenir en arrière, quelle drôle d’idée. Je devais être environ à mon 15ème essai, je croyais encore que quelqu’un aurait une baguette magique, les mots qu’il faut ou bien juste assez de compréhension et de connaissance pour me faire comprendre mon mal et puis l’enrayer… Je me retrouvais en face de beaucoup de questions sans réponses et puis l’envie d’avancer malgré tout, malgré mes maladresses, mes doutes, mes lassitudes, ma souffrance, ma déraison et mes tentatives, parfois, de tout foutre en l’air… Le énième médecin, les énièmes pilules, les énièmes paroles, …. La même chanson…
Alors tant pis, je vis ! Et demain est un autre jour, oui, à demain !
Ce lendemain justement, c’était un mardi je crois et j’apprends ce jour là que Sophie est alitée, qu’elle attend un bébé, qu’elle a besoin de moi, sûrement, je dois y aller… Je lui apporte des fleurs, elle est allongée dans son lit toute pâle, elle me raconte son histoire avec Charles, ce type qui ne me plaît guère et qui l’embobine à chaque fois, bref, elle est amoureuse alors, quoique je dise, rien ne passe, elle sait, elle ! Elle croit, enfin…, elle espère… Moi, je pense juste à son état et je suis là, c’est déjà ça. Je l’écoute, la rassure, et puis elle m’annonce que Paul n’est pas loin, qu’il a quitté sa compagne et qu’il débarque chez elle là, dans peu de temps. Une curieuse sensation m’envahit comme si je venais d’attraper un virus énorme et qu’il faisait subitement monter ma température d’au moins dix degrés… Paul ! Je vais revoir Paul et il est de nouveau seul, quelle incroyable coïncidence, ou plutôt quel joli rendez-vous m’attendait là chez Sophie, ce jour où je cherchais où était la solution, mes réponses, mon avenir, les repères qui me feraient devenir… La vie est faite de ça, de ces instants magiques où on se sent bien, même pas longtemps, juste un peu et c’est tellement bon. le téléphone avait sonné, Paul était juste en bas de l’immeuble et cherchait le nom sur l’interphone. Mon sang ne fit qu’un tour et Sophie s’amusait de me voir si rouge tout à coup. Oui, la température de mon corps augmentait et cela commençait à se voir sur mon visage, elle riait désormais « Je ne savais plus à quel point il te faisait de l’effet, allez, t’inquiètes pas, ça va bien se passer… Elle continuait à rire, et je décidais d’en faire autant espérant me détendre et garder l’air de rien, comme ça, comme si… rien…
Et puis la porte s’ouvrit, il était là, si grand, si brun, si énigmatique, si mal rasé, si … bref, Paul…
Paul rentrait à nouveau dans ma vie, comme de rien, comme si tout était écrit depuis longtemps, comme si lui savait déjà ce qui allait advenir de nous là, demain, et puis encore le jour d’après…

Et puis vis !

Et puis vis ! dans vivre ciel1-150x99

Oui, vis ! Je vis aujourd’hui, et puis demain, et puis le jour d’après ,je vis ma vie, et tout ce qui viens… Je vis…
Je revis… Je survis, je ne sais plus très bien, mais je suis là, dans le monde, dans ma vie qui a reprit son cours, lentement en croisant celle des autres, en retrouvant ceux que j’avais laissé là, pensant ne plus jamais les revoir, ne plus jamais leur dire…
Comme à Antoine ce matin là qui venait m’embrasser pour me dire bonjour. Mon fils, mon petit garçon, là devant moi,… Quelle folie. Je ne regrettais cependant pas mon aventure, ni mon geste, ni ma vie avant. Une partie de moi c’était évaporée cette nuit là, ce matin là, le jour où je suis morte. J’avais quitté la terre en étant une autre,… Je reviens comme engourdie, juste consciente d’être en vie, dans cette vie qui continue à compter, les jours, les heures et où je voudrai devenir moi même… Alors, j’avais décidé d’apprendre, de découvrir jusqu’au bout, jusqu’à l’infini ce que je pouvais vivre. Je n’avais plus peur de rien, et surtout pas de mourir, c’est comme si je devenais insensible aux choses sans fond, aux choses fades, aux choses sans saveur, je voulais vivre encore plus…
C’est ainsi que je repris le cours du temps, là où je l’avais laissée. Il y avait mon prince, mon petit refuge, mon job, Antoine et puis les autres. J’aimais quelqu’un et puis plus, un autre et puis celui d’après, je ne savais toujours pas qui j’étais. Aimer était comme une seconde nature, comme une façon de croire encore que sur terre tout est possible, il faut juste s’y aventurer et puis se donner, encore et encore, mais pour combien de temps et pour qui ? Il me semblait que c’était loin de moi, que je ne trouverai peut être jamais cette paix à laquelle j’aspirais, ce calme en moi, ce silence qui pourtant m’effrayais. Je regardais sans voir, je courais après ce moi qui cherchait un peu d’amour, un peu de compréhension, un peu d’attention et surtout cette tendresse dont j’avais rêvé tant de fois, cet endroit que l’on s’invente quand on est triste et que l’on a froid, ces bras chauds et forts qui nous soulagent parce qu’on s’y sent en sécurité, … Je cherchais ce lieu partout, je cherchais mon autre. Et c’est en cherchant ce qui manquait à ma vie que j’ai découvert un bout de moi, que je compris que j’avais un mal-être définissable, que seule je ne pourrai m’en sortir, que mon désarrois et toutes mes errances étaient chroniques et qu’elles s’expliquaient désormais, que certaines personnes allaient pouvoir m’aider. J’avançais donc ainsi dans ma nouvelle vie encore bancale, encore trop vite et trop mal ; mais j’avais des béquilles maintenant, une façon de voir les choses autrement. J’avais décidé de changer de job, de vivre plus calmement de profiter un peu plus du temps qui passe si vite et qui me permettais de voir grandir Antoine. Nous avions pris le temps d’aller à la mer, de faire des parties de cartes, de jouer au loup, d’aller au cinéma… Patrice avait fait de ce morceau d’existence un doux passage vers demain, tout était plus simple, tout était plus clair, mais trop pour moi, j’avais cette habitude de douter de ma possibilité ou de mon droit d’avoir une vie paisible et heureuse, je n’étais pas encore allé au bout de moi et les journées trop roses devaient s’éteindre, virer au mauve… Je n’y croyais plus, pas assez, … Je revenais parfois vers la lumière, regardant le ciel et faisant une prière, j’avais encore ça au fond de moi, cette lueur d’espoir, cette foi, ce que Dieu me demandait parfois… Ce que je devais faire pour devenir sage, pour qu’enfin ces cris tout au fond de moi cessent, pour que cette rage puisse s’exprimer. Elle était là, malgré ma petite mort, malgré mon envie de guérir et de devenir meilleur. Mon mal était encore trop présent et ma vie s’en faisait le cocon, une vie en demi teinte, une vie qui s’étiole, une vie qui se perd, une vie qui se demande et qui attend, une vie qui bientôt comprendra que tout s’écrit là…
Jour après jour, on devient. Mais moi, là je ne savait rien de tout ça, tout me brûlait les doigts, et c’est encore plus loin que mon cœur et mes maux devront battre, plus loin qu’ailleurs, là où ma vie prendra d’autres couleurs, là où d’autres essayeront mon chemin, l’emprunteront, et traceront mon avenir.
A demain !

Passée sous silence…

Passée sous silence... dans vivre end

Nos retrouvailles se tenaient là, entre le jour et la nuit, entre moi et lui entre ma vie et celle d’après…
Eli avait cette nonchalance des gens sur d’eux, cette prestance intimidante, et je me souviens… D’un sourire, de mots du soir, de regards, de toute son histoire, c’était en juillet, pas si loin en fait. Et ce soir tout revenait comme hier, ces sourires que j’avais partagés, ces regards soutenus jusque dans nos rêves, dans cet autre monde que nous recherchions comme égarés… Il m’avait touchée, troublée même parce que père, et par cette vie si particulière qui lui donnait le droit d’être ainsi, un peu amer, un peu sombre et mystérieux. Il était grand et mince, il avait la peau mate des gens du sud et les yeux verts sombres qui donnaient à son allure un sérieux presque trop palpable. Il avait les traits fins et le nez long et droit. Il gardait une barbe de trois jours peut être pour se croire encore un peu plus en vacances. Il avait un sourire dans la voix et ses lèvres le dessinait comme un rictus. Son air étrange s’harmonisait avec le reste. Il était calme et sur de lui aussi bien dans ses gestes que dans ses mots. Tout ce qui émanait de lui rendait les choses si simples… Comme ce verre qu’il me tendait à présent, un Martini blanc, il n’avait pas oublié…
Nous reprîmes alors notre conversation d’hier, celle que nous avions laissée en suspend, celle qui nous avait laissé pensé qu’elle était inachevée. Eli reprit sans peine le récit de sa vie, cette vie qu’on lui avait volée, démantelée, défaite. Il essayait de m’expliquer comment il s’était fait à l’idée que sa femme le quitte, mais la raison en faisait quelque chose de difficile à comprendre, à accepter et pour un homme , à vivre, tout simplement. Laureen avait passé sept ans de sa vie avec lui et lui avait donné deux beaux enfants. Leur vie ressemblait à celle des autres, une vie de tous les jours, des vies que l’on n’analyse pas, et puis un jour tout s’effondre, on défait alors l’histoire pour comprendre comment on a pu en arriver là… 
Laureen avait une relation extra-conjugale depuis quelque temps déjà,l’assumait désormais pleinement et avoua donc la situation à son mari. Elle voulait divorcer et vivre à découvert sa relation homosexuelle. Elle croyait à son nouvel amour, elle voulait retrouver sa liberté et la partager avec celle qu’elle avait choisit. Eli se retrouvait devant un puits sans fond, une montagne de désolation et d’incompréhension. Comment comprendre ? Comment imaginer l’impensable, l’inimaginable ?  Il aurait pu être trompé, on aurait pu lui annoncer sa mort, ou bien son départ, mais le quitter pour une femme ? Pourquoi ? Comment, comment ? A partir de là commence un long chemin dans le noir, il a donc marché en aveugle quelque temps puis pensé à ses enfants. Je sais aujourd’hui que tout ce qu’il a apprit des femmes, de leur corps et de leur pensées les plus secrètes vient de cette période de reconstruction, de ce désert vers lui même après avoir accepter de n’être qu’un homme…
Nous avions bu quelques verres déjà, il faisait chaud et ma vue se brouillait. Mathilde terminait son service tard et vu mon état et l’heure, je la laissais son plateau à la main et son sourire aux lèvres :  » A bientôt belissima !! » Je l’embrassais sur les deux joues et suivait Eli dehors, dans la nuit parisienne qui s’était doucement installée. Les lampadaires s’étaient éclairés et je marchais dans ses pas, dans cette ville à moitié endormis dans le silence d’une ville en août, vidée de ses habitants.
Eli me parlait de moi, j’écoutais vaguement ; il essayait de comprendre mes désordres amoureux et mes errances. « Quand veux tu repartir ? », Tu sais il faudrait que tu te reposes, reprendre la route ce soir est une pure folie… Je n’habite pas très loin. Après une bonne nuit de repos tu pourras repartir, reprendre le chemin, vers toi, vers demain… » Il s’arrêta soudainement et prit ses clés dans la poche de son jean. « Nous sommes arrivés, ta voiture n’est pas loin non plus, mais viens, là, tu seras bien, viens »… Il me prit la main et me souriait. J’étais fatiguée et j’emboitais son pas dans un immeuble gris dont il ouvrit la porte. Nous prîmes l’ascenseur, puis un long couloir. Il portait mon sac dans la main gauche et avait gardé ses clés dans l’autre. Un silence inhabituel s’était installé entre nous et je me demandais si là était ma place, puis plus rien… Le temps ne me permettait plus de me poser aucune question. J’avais suivit cet homme dan le soir, jusque là, devant chez lui puis derrière cette porte, chez lui, là où j’aurai préféré ne jamais être entrée, oublier…  Mais j’étais là, dans cet endroit inconnu et sombre, trop sombre. Je distinguais avec peine les contours des meubles et des portes, j’entrais dans une pièce puis une autre ; la cuisine, le salon…Il y avait un matelas d’appoint au sol, des magasines de photographies, des étagères murales étalaient des collections d’objets étranges, des livres, des sangles de cuir, des chaînes et puis des gods. Il y avait sur un bureau du matériel informatique, et puis une petite table prêt du canapé  avec en son centre un cendrier de porcelaine blanc. Je m’avançais juste devant. Je me demandais où j’avais atterri, ce qu’il pouvait à présent se passer, ce que cette minute et celle d’après me réservaient… Il était chez lui et donc à l’aise. Un peu trop à mon goût. Il me laissa m’assoir, j’avais pris une cigarette que je n’eu pas le temps d’allumer. Il me dit de ne pas m’inquiéter, que tout irai bien, qu’il était là pour moi et qu’il prendrai soins de moi, il fallait juste que je laisse les choses se faire, juste ça.. Il était derrière moi, je sentais son souffle chaud, il me prit alors les mains ; puis s’approchant tout contre moi me chuchota  » tu n’as rien à craindre, vraiment, tu sais, ici, tu es aussi un peu chez toi… fermes les yeux maintenant, n’ai pas peur ». Mon cœur battait la chamade et mes jambes qui tremblaient depuis un certain temps maintenant me semblaient ne plus me porter. Il m’avait prise par les épaules pour que je me tienne debout après m’avoir recouvert les yeux d’un ruban de soie noire. Je n’osais rien dire, je ne savais pas réagir, j’étais dans l’ignorance de l’après, du temps qui s’écoule et ne s’arrête que dans les rêves. J’avais la gorge nouée et les mains moites. J’étais toujours debout et je sentais ses mains revenir sur mes épaules nues. Il faisait glisser les bretelles de ma robe le long de mes bras, je savais que j’aurai froid, très froid, très bientôt.
Le noir et le froid me faisait trembler et sa voix sans mot distinct m’effrayait. J’avais décidé de laisser faire, d’attendre de retrouver la lumière, ma liberté. Tout ce qui suivit n’était que l’idée de ce que je me faisais de toutes les choses qu’Eli avait pu inventer pour voir mon corps devant lui s’offrir. Je laissais ses mains jouer partout et quand ce n’était pas ses mains, c’était dur, froid et lisse, c’était douloureux et bon à la fois, comme une perversion de mon âme, loin dans mes entrailles. J’avais les yeux mouillés et je laissais cette peur me dominer jusqu’à mourir. J’avais mal au dos et aux genoux, j’avais peur et serrais les poings pour me contenir, je savais que j’était ça aussi… Eli m’avait conduite dans une autre pièce. Il m’allongea sur un lit, sur le dos ; puis me pris les bras et les jambes qu’il enserra dans des anneaux fixés au lit. Ecartelée, humiliée, affaiblie, mais moi quand même, je laissais toutes sortes de sensations m’envahir. J’avais perdu mon âme, je savais que plus rien ne comptait à présent, plus grand chose. Ma mère avait là l’image de ce qu’elle avait façonné, ce bout de moi qui mourrait doucement entre les mains d’un homme, offerte comme elle me l’avait appris. Mes yeux et tout le reste s’était habitué au noir et j’attendais sagement la délivrance. La nuit était longue sans l’être, un peu chaude, un peu froide, trop dure, trop sombre, trop silencieuse… Et puis le jour m’éclaira. L’odeur du café me rassura, j’avais encore du mal à comprendre où se situait la réalité, cette nouvelle journée. Mes jambes me conduisaient avec peine devant la table de la cuisine où reposait une tasse de café et des croissants. Eli était là, son regard me glaçait le sang, mais je lui souris. J’avais remis ma robe qui gisait au pied du canapé et puis vaguement recoiffé mes cheveux en bataille. Mes pensés ne quittaient plus les ténèbres, c’était comme une petite mort avant l’heure. Mon dernier café, mon dernier soleil d’été, mon dernier matin, ou bien peut-être demain. J’avais pris le temps pour tout ce jour là. J’avais juste quitté Eli sans le voir, j’avais retrouvé ma voiture et pris le volant de ma libération, enfin ce qu’il en restait, comme un souvenir déçu. Je ne sentait plus l’air, ni le vent, ni le soleil, ni le frôlement du tissu de ma robe légère… J’avais pris les boulevards, les rues, les quais de la seine. J’avais passé la Concorde, l’ Opéra, Bastille et puis les Invalides. Je disais adieu au monde, je savais que plus rien ne me retenais ici bas. Ma dernière journée sur terre à Paris, et puis sur la route, jusqu’ à ne plus pouvoir survivre aux battements de mon cœur, à ce souffle court, trop court… Comme cette nuit que j’aurai voulu effacer, cette nuit d’abandon où j’avais vendu mon âme, mon corps, les poings serrés. « Maman, Maman, pourquoi tant de souffrance dans ce corps à qui tu as donné la vie ? Pourquoi??  Ma course folle commençait sur l’autoroute du nord, j’avais déjà tant roulé, le temps n’existait plus, plus que pour oublier…
La nuit retombait déjà, je ne croisais plus que de gros poids lourds qui parfois m’envoyaient leur plein phares comme pour participer à mon dernier manège. J’avais du remplir mon réservoir d’essence et en profitais pour reprendre la lettre écrite à Antoine, je réécrivais les mots, les aiguisais, je voulais lui dire encore tant de choses… Je lui devais bien ça « …mon amour, mon ange, je t’aime si fort, n’oublie jamais, j’amène avec moi ton image dans les nuages… Ta maman… »  Mettre fin à mes jours était simple, c’était lâche, c’était comme un long cri sans écho après un long silence, sans réponse, sans rien que le vide immense, un SOS sans personne qui entend, personne ne peut mesurer cet abîme. Tout se consume alors doucement, le passé se mélange au présent. On sait qu’il ne suffit plus que d’un instant, que là où il voudra, le cœur se déposera.
Je roulais depuis trois bonnes heures et la route laissait défiler les bandes phosphorescentes sur la chaussée éclairée par mes feux jaunes. Ca me brûlait les yeux et j’avais aussi mal dans les bras. Le bord de la route traçait des courbes et puis tout à coup, plus rien. J’avais appuyé sur l’accélérateur et puis quitté la chaussée lisse et noire, j’avais dis « au revoir allez c’est fini, fini…  J’avais passé un talus et la barrière de sécurité, l’essieu avant se brisa et je vis une roue partir devant, un premier tonneau arracha la capote, un deuxième brisa le pare-brise et je sentais le verre morcelé sur moi, partout et puis une grande secousse, le blé partout tout autour non encore moissonné, mon corps était comme un pantin désarticulé suivant le rythme saccadé d’une voiture en perdition, là encore un peu sur terre, juste avant le lever du jour. Je voyais le ciel, ce ciel pourtant si bleu parfois ; le fixer à ce moment de ma vie était impossible puisque je n’y croyais plus. Il n’avait plus de couleur, ni d’étoiles, alors je m’imaginais volant par delà les nuages, puis mes yeux se sont refermés… « Adieu ! ….

Vivre encore un peu ?

Vivre encore un peu ? dans vivre pleure

Les autres, c’étaient ceux qui m’avaient accompagnée jusque là, ceux qui m’avaient fait devenir celle que j’étais au présent, celle qui pouvait se laisser regarder autrement, se laisser aimer différemment et croire qu’un  homme pouvait s’arrêter dans ma vie et y rester juste le temps d’une autre vie… Ces autres avaient croisé mon chemin. Certain, juste le temps d’un sourire, d’autres d’une danse ou d’un baiser, d’autres moins…
Il y avait une ronde tout autour, et puis celle des sentiments. Patrice fût l’un de mes compagnons d’infortune ou sans l’un, suivant d’où l’on se place. Mon travail au moment de notre rencontre était devenu difficile. Je conciliais maladroitement ma vie avec Antoine et les horaires du magasin. Je manquais de temps pour lui et je me le reprochais bien trop souvent. J’avais entrepris à ce moment là de repasser mon permis de conduire. L’auto-école était à mi-chemin entre l’école et mon travail et y passais donc mes fin de journées espérant passer rapidement l’examen.
Patrice était devenu l’homme de la situation, l’homme de mes situations… Il me donnait les cours nécessaires à l’obtention du permis, il avait la patience et le tact pour ça et puis il savait que j’aimais ça. Il adorait son métier et son auto-école lui rendait bien. Je devenais pour ma part son élève privilégiée et même parfois son co-pilote lors de nos w-end prolongés, nos virées à l’île de ré ou à la Baule…Nous passions beaucoup de temps ensemble, il m’aidait beaucoup dans mon quotidien, et faisait en sorte d’améliorer ma vie avec Antoine. C’était un ami, un peu comme un père aussi, et puis parfois, je le sentais plus affectueux, plus tendre ; quelques fois, les relations s’expriment mal. Mais son âge créait la distance, j’en faisais mon affaire. Pour le reste, il croyait tant en moi, que ça me donnait des ailes… Je passais donc sans encombre l’examen qui me vit remettre ma petite feuille rose et le droit de prendre le volant.
En attendant de recevoir en cadeau de ma marraine cette année là son ancienne voiture, Patrice me prêtait un petit bijou qu’il gardait dan son garage. Il avait amélioré une  CJ cabriolet (s’il vous plait) pour une conduite plus sportive en y ajoutant un volant sport et des pneus larges : un régale à faire vrombir, ma « choupette » à moi, mon compagnon de route, ma liberté chérie, jusqu’au bout du chemin, vite, très vite, toujours plus vite, jusqu’au bord de la vie…
Je revis ces moments là, je retourne à cet endroit, le passé s’écrit doucement je reviens en arrière… Je continue l’histoire ici,  je devais revenir sur cet été là, de ma vie avant ça, alors voilà…
Pour nos vacances d’été, j’avais emmené Antoine, avec l’aide de Patrice, dans un bel endroit en Provence, près de Montélimar où Louise nous avait rejoint la semaine suivante avec son fils. Antoine avait ainsi pu profiter de son cousin et moi de ma sœur malgré quelques heurts. Le soleil et l’ambiance du centre permettait d’apaiser les tensions naissantes les mots qui s’envolent parfois malgré nous et qui blessent ; et aussi de prendre le temps de profiter des belles choses, du temps qui n’a pas de prix et des nouvelles rencontres comme celle que je fis avec Eli. C’était un lien étrange, nous avions gardé contact par la suite, je savais que je le reverrai sans savoir vraiment ni où ni comment, parfois il y a des choses comme ça qui ne s’expliquent pas…
Mais ces retrouvailles eurent lieu, elles avaient eu le temps de murire, je ne savais juste pas à quel point elles allaient bouleverser le cours de mon existence, donner un autre sens à ma vie… Parfois mes journées me faisaient tout oublier ou bien me rappelaient à mes douleurs. Alors je refermais les yeux pour ne pas avoir trop froid. Je pensais aussi à Paul, parfois…
J’avais encore quelques jours de vacances avant de reprendre mon travail, nous étions désormais début Août, le mois qui me verra avoir 27 ans et je passais le reste de l’été chez mes parents que nous avions rejoins avec Louise après notre séjour dans le sud. Nos échanges un peu tendus lors de nos vacances avaient créés une tension entre nous, quelque chose d’insidieux. Ca alourdissait l’air et je savais qu’il ne manquait pas grand chose pour que le tonnerre gronde.
J’avais gardé choupette avec moi, Patrice me l’avait gentiment laissée pour les vacances, cela me permettait d’être plus libre, sans l’être vraiment parce que chez mes parents, mais quelle chance pour moi d’avoir le pouvoir de partir…
Antoine lui, profitait de chaque journée avec bonheur. Il se baignait tous les jours et sa peau était toute dorée, presque noire, il était beau, si beau… Mon bonheur résidait dans les moments passés à le voir heureux ; dans les vagues, le sourire aux lèvres, une crêpe ou une glace à la main ou encore dans les bras de son grand-père, tout fier.
Le reste n’avait pas beaucoup de saveur et je sentais l’atmosphère s’alourdir jusqu’à une fin de repas fatidique. Louise avait tout dit, ou si peu. En fait sa voix avait trahi son mal être, sa mesquinerie, sa méchanceté. J’aurai pu être ce soir là la cible d’un jeu de fléchettes, celle à atteindre, juste là où ça fait mal, si mal.
Les mots résonnaient encore dans ma tête. Maman était la spectatrice de ce monologue cinglant, et je soupçonnais même une certaine satisfaction dans son attitude. Elle n’arrêta pas le flot incessant d’injures et de brimades, elle écoutait là, devant moi toute droite, si droite.. Alors mes larmes coulèrent, des flots de rivières. Je ne pouvait plus supporter aucun mot. Je rejoignis alors ma voiture après avoir pris quelques affaires, j’avais besoin de pas grand chose, je voulais juste partir, fuir tout ce bruit. J’avais le cœur qui brûlait et les mots volaient si violents, l’écho…
« Tu es nulle, complètement nulle, tu le sais, hein? Tu n’as même pas ton bac, tu n’es qu’une pauv’ fille, ton boulot c’est de la merde tu vis comme une pute, tu mérites même pas ton fils, heureusement que tes parents sont là ils te l’auraient enlevé depuis longtemps sinon…, tu peux être fière hein ? Pauvre fille… »  Un joli résumé de moi, voilà, Laura c’était tout ça, enfin rien, rien que du noir…
Je n’avais plus que mes larmes, je n’étais plus grand chose, juste ce flot incessant de paroles comme des flèches transperçant mon âme, rien.
Alors, je me retrouvais sur la route, partir était ma seule issue, mon téléphone sonnait dans le vide, j’avais tout fermé, j’étais démunie, vidée, écœurée. Je pris juste le temps sur une air d’autoroute d’écrire quelques mots d’amour à Antoine, juste ça, là tout contre moi, pour lui, pour après… Mon trajet sans foi, me conduisit à Brest, puis à Paris, sans manger, en fumant, en tremblant, j’avais encore tant de larmes… Et juste l’envie de partir, loin, fuir, là bas, décidément trop loin…
Mon arrivée à Paris fût calme, Paris en Août se vide, c’est encore plus beau. Il était tôt ce soir là et il me restait quelques heures avant que le soleil ne se couche. Des heures à brûler, voir ceux que j’aime et puis repartir… Mathilde travaillait dans un lounge bar du 5ème arrondissement où je la retrouvais et où j’avais décidé de donner rendez-vous à Eli, encore si présent dans mon souvenir. J’avais les yeux gonflés de larmes et les bras lourds et tendus d’avoir tant roulé. J’étais fatiguée, épuisée même et je faisais mon possible pour déguiser ma douleur et mon désarrois. Tout en moi suintait d’effroi ; je maîtrisais pourtant assez bien mon image, un sourire encore pouvait s’inscrire là sur mon visage s’effaçant devant mon reflet, comme inexistant. Mais mes forces revenaient doucement, je devais encore tenir un peu, juste un peu… Je venais juste d’embrasser ma petite sœur quand Eli passa la porte et me sourit. Tout le soleil de la Provence entra avec lui, une rencontre number two, je devais respirer encore, malgré tout, un autre moment s’installait doucement dans ma vie à cet instant précis. Paris se laissait transformer une fois encore pour être le décorum d’un fait divers cet été là, le fait d’une vie, ma vie et puis celui d’un souvenir indélébile…

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Laura L.

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