Pas à pas

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Cette année là aura vu Paul prendre conscience de son mal avec plus de sérieux, nous avions œuvré pour ça, je me disais que tout ça prouvait que nous voulions vraiment réussir notre vie, il fallait d’abord guérir. Sortir de ce tourbillon de désolation où Paul s’enfermait au moindre échec ou problème, combattre sa faiblesse, éviter le verre de trop. Je m’étais renseignée sur les aides qui existaient pour ce genre de problème et nous avions rencontré une équipe de bénévoles très investis dans une association particulièrement adaptée à notre situation. La croix d’or œuvrait depuis longtemps contre ce fléau et Paul se laissa guider dans cette voix pour essayer de trouver un peu de soutien, de la compassion et aussi d’autres visages abîmés par l’alcool qui pouvaient le comprendre, partager les souffrances et ainsi lutter ensemble. Oui, à plusieurs c’est plus facile, on se sent moins démuni, on apprend à dédramatiser, à trouver du réconfort et surtout on sait alors que d’autres vivent un peu les même choses, les même douleurs. Les réunions et les rencontres avec la croix d’or se mêlaient à celles que nous partagions avec l’abbé Poquet de Notre Dame en Saint Melaine où nous avions décidé de nous préparer pour notre mariage. Pouvoir parler de nos problèmes de couple et aussi de l’alcoolisme de Paul avec cet homme d’église me permettait de mettre de la distance entre les évènements, en ce que je croyais et ce que je vivais et aussi de pouvoir pardonner à mon mari ses déboires, d’essayer de ne pas lui en vouloir. Mais tout ça n’était pas si simple, le travail de Paul et son environnement le faisait souvent sombrer, il me semblait pourtant qu’il luttait, … Il m’était arrivé de me décourager et de vraiment ne plus croire en rien. Mon petit bout d’homme qui arrondissait pour la troisième fois mon ventre lourd me donnait le courage et la force d’espérer encore. Antoine et Maxime encore davantage. Antoine surtout par son attitude tellement détachée face à nos soucis, à mes craintes et à mes soirées à attendre son père. Je crois que lui, ne l’attendait plus. Il avait mis quelque chose sur tout ça pour ne pas que cela le fasse souffrir. J’enviais presque sa façon de vivre sans nous, au milieu de nous mais sans prendre part aux difficultés comme si tout passait autour sans le toucher. Cela me rendait aussi un peu triste, et savoir qu’il trouvait ce dont il avait besoin pour son équilibre auprès de mes parents me ramenait à mes défaillances, à tout ce que je pensais de moi à ce moment là. Je crois que les absences de Paul à ce moment de mon existence devinrent si fréquentes et si pesantes, si douloureuses et me faisaient sentir tellement impuissante que je m’étais fait à l’idée d’être juste mère, juste ça : Maman. Mon rôle de femme, déjà écorné s’effaçait au fil du temps, se désagrégeait, j’était passé d’une ado-maman à une maman tout court. Mon corps se souvenait de l’essentiel et cela suffisait. Porter la vie, la donner et l’écouter grandir, faisaient de moi ce que j’étais. Paul ne me regardait plus, il survivait, je souffrais et parfois les silences devenaient bien trop lourds et froids. Je ne trouvais pas le temps d’entendre et encore moins de comprendre sa situation. Je le voyais se faire du mal et faire souffrir notre famille. Je ne supportais plus ses absences, surtout la nuit. Je parlais tout bas à ce petit bonhomme qui allait agrandir ce foyer que pourtant je n’avais pas su défendre et apaiser. Mais j’espérais encore, je voulais croire que la vie et l’amour pouvaient sauver n’importe quelle situation. Mais j’avais oublié que je combattais seule, du moins j’en avais l’impression, je m’érigeais déjà pour lutter contre l’alcoolisme de Paul, et le soutenais comme je pouvais et surement très maladroitement. J’élevais aussi mes deux trésors de mon mieux et portait fièrement le troisième. Je ne m’essoufflais pas, je pense juste que je vivais multiplié par cent, avec une rage non dissimulée, même si j’essayais de la contenir. Je savais que je devais tenir, garder la tête haute, être cette mère digne et courageuse qui force le respect, celui que j’espérais pour exister, celui que j’attendais de mes parents et de qui je le savais pourtant, n’obtiendrais aucun signe de soutien ou d’encouragement. Mon soutien le plus consolateur était dans ce tout petit, là, lové contre mon cœur et à qui je confiais mes peurs. Ce petit trésor à qui je parlais la nuit pour me rassurer et qui commençait à remuer sous la peau tirée de mon ventre. Un soir de septembre sachant qu’il s’agissait d’un autre petit garçon nous avions décidé de l’appeler par son prénom et ce soir là en m’endormant je lui répétais doucement : « Mon petit Martin, je te promets d’être là toujours pour que tu ne manques de rien. Je t’aime déjà si fort. Dors bien mon petit ange… à demain.»

L’automne était bien installé et le froid de l’hiver s’annonçait doucement… « Reste bien au chaud petit ange. »

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Laura L.

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