Rêver encore…

par corps

Se marier devant Dieu, dans cette église, fonder une famille, croire aux cieux, croire en Dieu… Je ne savais plus comment espérer autre chose, je pensais prendre le bon chemin et pourtant. Paul était si loin, loin de moi, de cette vie avec les enfants que j’essayais de faire grandir du mieux possible, loin d’imaginer comme je souffrais de ses absences. Nous étions en fait loin l’un de l’autre, loin de nous. Je découvrais finalement dans ces silences et dans ce temps qu’il me laissait des facettes de ma personnalité que j’avais du mal à analyser. J’avais le temps de me regarder vivre, et j’avais besoin d’essayer de comprendre pourquoi je vivais dans le manque. J’avais souvent des réactions excessives ou inappropriées. Les joies que me procuraient mes enfants contrebalançaient les moments de peines et de colères qu’engendraient les débordements de Paul, enfin, surtout ses absences et puis tout ce que je ne pouvais vivre comme je l’avais rêvé, puisque lui, comme moi (je le réalisais à ce moment là) n’avions pas réglé nos problèmes du passé, nos démons de midi, de minuit ou d’ailleurs. Nous avions grandi sans béquilles et avec des blessures qui avaient ainsi, au fil du temps, dessinées sur la route de notre vie à deux quelques lignes rouges, comme des cicatrices encore trop douloureuses et difficilement accommodables, sans aide, avec une vie de famille, une vie sereine, une vie heureuse, une vie tout court. Les absences et les silences de Paul me permettaient donc de prendre du temps pour ça,du temps pour m’apercevoir, mais juste ça. Le reste, je ne le réalisais pas vraiment. Je n’avais pas le recul nécessaire, j’avais à m’occuper d’Antoine et de Maxime. Ma vie tenait en cela, dans ce rôle de mère qui me prenait du temps et beaucoup d’énergie et aussi me permettait de rester sans voir, sans savoir, je préférai continuer à courir. Les moments avec eux étaient tendres et joyeux, comme le jour des premiers pas de Maxime ou le sourire d’Antoine après avoir perdu une énième dent… Et puis il y avait nos week-end en famille, ceux chez les parents de Paul où je retrouvais Sophie et ma belle-mère aussi. Les enfants étaient heureux de se voir et de passer du temps ensemble, comme nous attablés des heures à refaire le monde : on y croyait, on espérait. Avec Sophie, tout était simple et beau, elle voyait la vie en rose, comme les joues des enfants, des siens, des miens, enfin des nôtres. Ces moments là étaient précieux et je les gardais pour me souvenir, je les gardais pour me réconforter et me dire qu’un jour ils seront notre quotidien, enfin ! Mais je revenais vite à ma réalité, à mes jours à mes nuits. Paul s’effaçait trop souvent, il devenait un manque et quelque chose dans mon existence que je n’arrivais pas à définir complètement . Un mari ? Pas vraiment. Un père ? En devenir peut être… Moi je me fanais. Je manquais de cette chose qu’on offre aux gens qu’on aime pour qu’ils se sentent vivants, aimés et heureux. Cette chose qui fait battre les cœurs et vibrer les corps. Je manquais d’amour et de tendresse et aussi de pouvoir donner et recevoir. Encore une fois je réalisais combien je manquais d’équilibre. J’avais trop masqué mes blessures ; elles rejaillissaient à la moindre faille dans mon histoire avec Paul. Je lui reprochais trop de choses et elles s’entassaient. Je lui en voulais tellement de ne pas nous aimer. Il y avait mes jours, il y avait mes nuits… Cette nuit là avait encore été pâle et sans saveur. J’entendais pourtant battre son cœur là, près du mien. J’aurai aimé qu’il me prenne dans ses bras, qu’il me serre fort, qu’il me dise des mots tout bas et puis qu’il m’embrasse jusqu’à ce que ma respiration s’accélère, que mon corps tremble de ses mains sur moi, partout jusqu’à ce que nos corps se consument, se brûlent, s’aiment, oui, s’aiment. Mais cette nuit là je ne faisais encore que rêver. Je lui avais préparé son café ce matin là, comme tous ceux où l’on se réveillait ensemble, et où, à peine levé, il allait allumer sa première cigarette sur le balcon. Je le regardais et puis essayais d’imaginer ce qu’il pensait alors, de nous, de cet instant, de nos nuits, de notre amour qui n’existait finalement que dans le regard de ceux qui ne savaient pas, de tous ceux qui voyaient en nous, cette belle image que j’essayais de peindre pour que personne ne puisse savoir, même pas moi, non, je ne voulais pas savoir. Je m’enterrais dans cette vie sans vouloir comprendre, je ne voulais pas que l’on me dise que j’avais échoué, que j’étais malheureuse et que j’avais une autre vie qui m’attendait quelque part. J’avais encore des rêves plein les yeux, j’avais encore envie d’y croire et puis de me voir dans ce joli dessin comme dans tout ce que mon enfance m’avait permis d’imaginer. Je voulais me marier dans une église, devant Dieu et puis avec tous ceux qui voulaient bien croire en nous, tous ceux qui me disais : « vous êtes beaux, vous avez une belle famille ! » Avec une jolie robe, avec des fleurs, des sourires et des enfants, des chants et des prières, des danses et des cris de joie, je voulais croire qu’une journée à se marier allait sûrement tout arranger. Laura aime rêver, elle aime surtout espérer, toujours… Elle court et puis le vent se lève, alors ses yeux la piquent et puis se remplissent de larmes, elle a froid. Elle avait oublié que la nuit venait de tomber et réalise alors que Paul n’est pas rentré. Paul ? Mais où es-tu ? Paul … A suivre…

2 commentaires à “Rêver encore…”


  1. 0 abarret209@hotmail.com 26 août 2015 à 1:43

    Mon cœur suspendu, accroché, pend
    A l’arbre où poussent les fruits du passé
    Il saigne et se lamente.
    Aucun fruit ne donne, et pourtant il bat d’un son lourd…

    Laisse ton cœur s’envoler.
    Les fleurs du présent, ont besoin de ce pollen
    pour donner les fruits de demain.
    Enfin les battements se font légers…

    A.A.

  2. 1 Laura L. 26 août 2015 à 12:47

    Merci pour ce joli texte plein de sensibilité.
    Merci de me rappeler encore combien le temps parfois redessine autrement les souvenirs.
    Merci de me lire…
    Laura L.

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