Ici ou bien ailleurs

je reviendrai
J’avais imaginé en mettant au monde mon deuxième enfant, en étant mariée et en devinant Paul époux et père que tout allait changer… J’avais oublié mon impatience, mais il n’y avait pas que cela. Il y avait les soirées à attendre, celles où je priais et celles où j’espérais et puis celles où je pleurais. Paul était ailleurs tellement souvent, ailleurs même près de nous, de moi, ailleurs sans que je sache vraiment où. J’étais une mère, une maman, mais femme aussi et celle d’un homme qui ne le savait pas, il avait oublié, ou bien ne voulait plus savoir, je n’étais finalement plus qu’une mère, juste ça : maman. Mais ce juste « ça » représentait tellement pour moi. Cela me plaisait et m’apprenait aussi qui j’étais, qui je devenais… J’aimais entendre mes enfants rire et puis m’appeler, juste savoir qu’ils avaient besoin de moi me rendait heureuse, je me contentais de ça pour l’instant…

Maxime, pendant ce temps là, dans notre petite famille un peu bancale, nous faisait passer de drôles de nuits. Elles étaient courtes forcément, mais aussi douces et joyeuses parce que j’avais trouvé le moyen de rendormir notre petit bout d’homme en chantant les comptines de mes souvenirs, celles qu’on apprend pour bercer les enfants. Je balançais mon fils dans sa nacelle tout en fredonnant que « la vie est belle comme un vole d’hirondelle »… Je ne trouvais pas de mal ensuite à me rendormir, il me suffisait de penser à demain, à ce que notre famille allait devenir, à la joie de pouvoir croire à notre histoire, malgré tout, je voulais garder l’éspoir.
Et puis nous allions bientôt refaire les cartons, découvrir une autre ville, d’autres gens…  Paul avait tapé dans l’œil d’un client avec qui son entreprise travaillait depuis quelques années déjà. Il lui avait simplement parlé de son projet auquel il souhaitait l’associer. Les choses se sont faites rapidement, même si l’on n’avait pas le recul nécessaire sur ce que cela allait impliquer dans notre vie. Il y avait un chemin à prendre, là, juste devant, une autre voie qui permettait à Paul de s’épanouir autrement, et puis de nous montrer ce qu’il pouvait faire, ce qu’il pouvait créer et partager, il fallait l’emprunter et puis s’y maintenir. C’était sa façon à lui de devenir père, je ne le comprenais pas vraiment, mais je devais y croire, pour nous, pour que les nuits sans lui n’existent plus, pour que je comprenne qu’il est possible d’aimer autrement, oui, je voulais y croire, vraiment. C’était comme si je gommais tous les jours les souvenirs pénibles, comme s’ils n’avaient jamais existés, comme si hier n’existait plus ou presque. C’était ma façon à moi d’oublier les moments où j’aurai pu tout laisser tomber, tout abandonner parce que je ne me sentais pas aimée. Il fallait y croire, et puis mettre devant toutes les belles choses que l’on avait et qui permettaient d’espérer. Les choses rien qu’à nous comme les enfants et puis nos moments de vie où tout paraissait parfait, ceux où l’on sourit malgré tout, il suffisait d’y croire, juste ça…
Depuis quelques temps et un autre déménagement, un nouveau paysage s’était dessiné tout autour de nous, une autre ville, un peu moins grande, un peu plus dense, un peu plus grise aussi. J’avais du mal à trouver des similitudes entre ces deux cités de province et encore moins des manières de trouver celle où nous vivions désormais, agréable, jolie ou je ne sais quoi de positif. J’avais en fait le mal de ma ville d’adoption, celle où j’avais crée des liens forts, celle où je m’étais mariée, celle où Maxime était né, celle où j’avais appris de moi, tellement… Mais le temps, comme pour tout dans ma vie, allait sûrement bien faire les choses, il me faudra simplement apprendre à découvrir ce nouvel endroit, cette ville qui deviendrait celle des enfants, là où nous allions apprendre à nous aimer, j’en rêvais, et je m’y employais, il fallait prendre le temps, gérer mes impatiences…
Nous avions trouvé un appartement en centre ville, bien situé pour toutes les commodités et aussi pas trop loin des bureaux de Paul. L’école d’Antoine n’était pas loin non plus et j’avais bien organisé les choses pour pouvoir de nouveau travailler rapidement. C’est un peu ça une famille, c’est une petite entreprise, j’apprenais doucement au fil des jours, des nuits aussi. Parfois je me rendais compte combien tout était encore fragile et douloureux. Mais je n’oubliais pas non plus d’effacer, et puis de tout recommencer, même si parfois fuir me venait à l’esprit. Alors les enfants me rappelaient à ma vie de maman, celle qui organisait mes journées et qui m’évitait de trop penser. J’avais trouvé mon rythme, organisé ma vie autour de mon travail, trouvé une assistante maternelle pour Maxime, accompagné Antoine dans sa nouvelle école et fait en sorte qu’il s’y sente bien, j’avais aussi préparer notre chez nous au mieux, j’avais envie que tout aille bien, trop, peut être, sûrement… J’avais surtout essayé de comprendre la façon dont Paul mettait en place son nouveau cheval de bataille, cette entreprise qu’il allait créer et faire de lui ce à quoi il aspirait, cette chose qui faisait que lui et moi ne faisions que nous croiser, cette partie de lui que je n’arrivais pas à accepter. Il y avait cette ombre au dessus de nous, comme un nuage tout noir et menaçant, une ombre au tableau. Paul buvait pour oublier je ne sais quoi et finissait par nous mélanger avec  cette chose qu’il voulait engloutir en même temps que ses pintes de bière. Il me manquait tant, tout le temps, et son état et l’odeur qui l’accompagnait quand il rentrait le soir m’était insupportable. Je lui en voulais de ne pas être assez fort, ni assez grand, ni assez droit. Il se mettait si minable et si peu aimable dans ces moments là. Je le prenais alors pour moi, et en concluais qu’il ne m’aimait pas, qu’il ne m’aimerai jamais. Je ne comprenais pas ce besoin de boire autant, de boire et puis de me faire croire, de boire et puis de m’oublier, de boire et puis de m’abandonner, je comprenais pourtant que le fait de ne pas supporter son état l’empêchait alors de rentrer chez nous. Cela lui donnait une autre raison de continuer à boire, pour oublier, pour ne pas rentrer, oublier…
C’est à cette période de notre vie, alors qu’il avait compris son addiction et qu’on avait pu en parler ensemble, qu’il accepta de se faire aider, c’était aussi le moment où Maxime faisait ses premiers pas, c’était comme un signe, c’était le bon moment. Alors de ce nuage noir et menaçant qui nous suivait jusqu’ici sortit un rayon de soleil. Un peu de paix dans notre maisonnée ; j’avais repris confiance en moi, en lui, en nous, j’avais alors envie d’y croire encore. Il faisait vraiment très beau et nous avions donc décidé de nous donner une chance, une vraie cette fois, une chance d’être heureux ensemble. Alors, un soir de la semaine où le soleil brillait encore, en rentrant de mon travail,  j’avais poussé la porte de l’église de mon quartier. J’avais simplement regarder du bout de l’allée jusqu’à l’hôtel, et dans ce que la lumière des vitraux me laissait voir, je m’étais imaginée portant une jolie robe de mariée, mon père à mes côtés. Avec Paul, nous nous étions préparés à ça, j’avais besoin d’un moment comme ça, un moment à nous pour sceller notre histoire et nos vies et pouvoir ainsi imaginer faire durer notre couple ; faire grandir notre famille, faire que ce nuage noir disparaisse enfin et que mon rôle de mère se complète par celui de femme, d’épouse, et surtout qu’il me soit possible d’être heureuse dans cette vie que je dessinais au jour le jour en continuant à gommer, par-ci, par-là les quelques ratures inévitables qui venaient sournoisement assombrir le tableau que nous étions entrain de restaurer. Mais à ce moment de notre histoire, il faisait beau, et c’était bien, il fallait prendre tout ce qui brillait, même juste le temps d’un soupire, parce qu’on le sait, parfois tout s’éteint, alors oui, on prend tout et puis on verra bien demain… Je savais que j’avais eu raison d’entrer dans cette église, elle était belle et cet endroit me laissait penser que j’allais un jour aimer cette ville et peut être même ses habitants, ses monuments, ses festivals, ses étés, ses hivers… Bientôt, demain…
Un jour, à très vite… A suivre…

1 commentaire à “Ici ou bien ailleurs”


  1. 1 Full Article Trackback dans 21 sept 2016 à 12:57

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