Naissance

BB
Ce soir là nous étions devant la télévision, dans ce clic-clac un peu bancale recouvert d’un boutis de coton crème que ma belle-mère m’avait offert. Nous étions rarement dans cet endroit ensemble et je nous regardais, là, côte à côte dans notre salon, face à notre boîte à divertir, moi toute grosse et lui bien présent, à mes côtés, pour une fois… Il se levait fréquemment pour fumer une cigarette sur le balcon malgré le vent qui s’engouffrait par la baie vitrée, malgré mon état. Je n’étais pas loin de la délivrance, je le savais, je le sentais. Je venais de nouveau de sourire, et puis je me suis mise à rire. Nous regardions Les portes de la gloire avec Benoît Poelvoorde que j’aime beaucoup. Ce film, pourtant tragique, transformait chaque situation en fou-rire. Il faut dire que le jeu des acteurs permettait ces éclats avec une aisance déconcertante, juste l’attitude de Benoît déjà, dans ce rôle pathétique laissait sur mes lèvres un rictus imposé. Mes rires s’intensifiaient. Je suis faite comme ça, je ris je pleure tellement fort parfois. J’étais heureuse que Paul soit là, j’étais heureuse de partager cet instant avec lui, et puis de rire… Il y avait surtout cet autre là, tout bas, ce petit bout de nous qui ne bougeait plus trop et me faisait comprendre que le temps était venu pour lui de naître. Mes éclats de rires me donnaient des contractions de plus en plus violentes. Mon ventre alors se durcissait et provoquait une tension si forte que seule une respiration lente et profonde me permettait de gérer le moment. J’avais attrapé la main de Paul à plusieurs reprises pour la serrer. Je savais que nous allions bientôt devoir prendre le chemin de la clinique…

Je comptais les minutes entre chaque pic de douleur, mes respirations,… Je me souvenais que le travail, ce moment avant d’accoucher, était souvent long et je préférais profiter de cet instant où Paul était près de moi, où je riais, où je pouvais croire à mon histoire, à tout ce dont j’avais rêvé et qui se jouait dans cet espace à nous, juste avant que naisse notre premier enfant, notre fils, et je l’espérais tant, le début de notre histoire d’Amour. Je finis par compter cinq minutes entre les contractions et aussi de réaliser que la douleur devenait difficile à maîtriser. Il fallait fermer « les portes de la gloire » j’avais ris encore et puis réveillé Antoine qui commençait tout juste sa nuit. J’avais appelé notre voisine chez qui  nous allions le déposer qu’il puisse se rendormir et rêver encore une nuit à son petit frère avant de pouvoir le lendemain, le prendre dans ses bras. Je respirais fort, je tenais mon ventre. Et puis le décor devint tout blanc, des murs, des néons, des draps, des blouses, et puis mon teint… Paul avait l’air calme, juste l’air… On me fit patienter dans une chambre et puis le médecin vint m’examiner : « et bien madame, il était temps ! Le travail est déjà bien avancé et il vous reste une heure peut être deux à peine, il faut me dire maintenant si vous voulez que l’on vous pose la péridurale, après il sera trop tard. » Je respirai encore très fort et puis laissais passer une longue contraction. Je décidais que finalement je pouvais supporter encore une heure et que je me passerai de l’anesthésie. Quelle idée j’avais eu là ! Une heure finalement peut sembler une éternité, cela me revint, je souffrais en silence jusqu’à ce moment si fort si incroyable si fou, … Paul se cachait derrière son appareil photo qu’il remettait dans sa poche, prenant dans l’autre une cigarette qui lui permettait de prendre l’air. Il était nerveux, il sentait que ces moments là ne pouvaient se vivre sans débordement d’émotions, surtout lui, surtout là, maintenant que je criais pour exprimer ma souffrance. Je pensais pourtant à toutes les femmes du monde, à cette chance de pouvoir donner la vie, à ce que d’autres pouvaient endurer. Mais la douleur parfois ne se décrit plus, elle envahit tout le corps et n’a pour seule issue l’air qu’elle remplit de sons indéfinissables.
Je savais qu’il ne me restait qu’un dernier effort à fournir, je le voyais venir au monde, là, entre mes cuisses fébriles et blanches, ce tout petit bout de vie, ce tout petit homme. Paul était près de nous, je luis souris mais il ne me vit pas. Il avait de nouveau glissé devant son visage crispé, l’objectif de son petit appareil noir et brillant. La sage femme me félicitait, elle déposa Maxime sur mon ventre pourtant encore si douloureux, mais le visage d’un ange fait oublier tout les maux. Je me demandais comment un être si beau, si fragile et fort à la fois, pouvait venir de moi. A cet instant, je pu enfin croiser le regard de Paul « Il est magnifique » ! lui dis-je. Le médecin était revenu pour vérifier mon état, puis la sage femme emmena notre petit ange aux yeux presque translucides pour lui donner son premier bain et aussi l’habiller. Mes yeux se refermaient doucement ; il était presque quatre heures ce matin là et je donnais la vie pour la deuxième fois. Paul était ému et contenait son émotion comme il pouvait. Il lui fallait rentrer dormir un peu et puis réaliser. Je devais moi aussi me reposer pour bientôt reprendre Maxime tout contre moi qu’il puisse se nourrir de tout mon amour et à mon sein puiser ce qui lui permettra de découvrir le monde et tout ce que sa vie aura à lui offrir…
Nos vies avaient quelques choses de plus ce jour là, quelque chose de plus à donner, à aimer. La naissance de Maxime faisait naître en moi encore un peu plus d’espoir et aussi tant de joie que les heures qui suivirent, même sans dormir, me firent réaliser que dans ce présent et dans tout ce que je vivais de cet instant là, se trouvait ce après quoi on court parfois toute une vie, le bonheur infini.

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